(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Les Zemmour : Essai d'histoire tribale."

PersA©e 

http://www.persee.fr 



Les Zemmour. Essai d'histoire tribale (a suivre) 

Marcel Lesne 

Revue de I'Occident musulman etde la Mediterranee, AnnAOe 1966, Volume 2, Num A©ro 

p. 111 - 154 

Voir I'article en ligne 



Avertissement 

L'editeur du site « PERSEE » - le Ministere de la jeunesse, de I'education nationale et de la recherche, Direction de I'enseignement superieur, 
Sous-direction des bibliotheques et de la documentation - detient la propriete intellectuelle et les droits d'exploitation. A ce titre il est titulaire des 
droits d'auteur et du droit sui generis du producteur de bases de donnees sur ce site conformement a la loi n°98-536 du 1er juillet 1998 relative aux 
bases de donnees. 

Les oeuvres reproduites sur le site « PERSEE » sont protegees par les dispositions generates du Code de la propriete intellectuelle. 

Droits et devoirs des utilisateurs 

Pour un usage strictement prive, la simple reproduction du contenu de ce site est libre. 

Pour un usage scientifique ou pedagogique, a des fins de recherches, d'enseignement ou de communication excluant toute exploitation 
commerciale, la reproduction et la communication au public du contenu de ce site sont autorisees, sous reserve que celles-ci servent d'illustration, 
ne soient pas substantielles et ne soient pas expressement limitees (plans ou photographies). La mention Le Ministere de la jeunesse, de 
I'education nationale et de la recherche, Direction de I'enseignement superieur, Sous-direction des bibliotheques et de la documentation sur 
chaque reproduction tiree du site est obligatoire ainsi que le nom de la revue et- lorsqu'ils sont indiques - le nom de I'auteur et la reference du 
document reproduit. 

Toute autre reproduction ou communication au public, integrale ou substantielle du contenu de ce site, par quelque procede que ce soit, de l'editeur 
original de I'oeuvre, de I'auteur et de ses ayants droit. 

La reproduction et I'exploitation des photographies et des plans, y compris a des fins commerciales, doivent etre autorises par l'editeur du site, Le 
Ministere de la jeunesse, de I'education nationale et de la recherche, Direction de I'enseignement superieur, Sous-direction des bibliotheques et de 
la documentation (voir http://www.sup.adc.education.fr/bib/ ). La source et les credits devront toujours etre mentionnes. 



LES ZEMMOUR 
ESSAI D'HISTOIRE TRIBALE 



L'itude dont nous commencons la publication a Hi prisentie 
comme these complimentaire pour le doctoral es lettres a la Faculte 
des Lettres et Sciences Humaines de Paris, en I960, sous le titre 
Histoire d'un groupement berbere, les Zemmour. Elle n'avait jamais 
iti publiie. La these principale de M. Marcel Lesne, qui a pour litre 
Evolution d'un groupement berbere, les Zemmour, a Hi imprimde 
par I'Ecole du Livre, a Rabat, en 1959. (Note de la Redaction.) 



INTRODUCTION 

Au debut du xx e siecle, un groupe puissant de tribus berbero- 
phones illustre, par des actes d'hostilite" on de brigandage, sa pre- 
sence turbulente aux portes de Rabat et de Meknes. D'humeur guer- 
riere, tout impr^gnes des souvenirs de la rude vie en montagne menee 
par leurs peres, encore exalted par une recente victoire sur la puis- 
sante tribu des BniAhsene qu'ils repoussent pas a pas depuis des 
generations, les Zemmour font du bled siba une reality vivante j us- 
que sous les murs de Sale. Aucun etranger ne traverse leur territoire 
sans s'assurer, contre paiement, la protection couturaiere ou mesrag; 
le Sultan lui-m£me contourne la foret de la M&mora, ravie par les 
Zemmour aux BniAhsene, et longe la c6te pour se diriger vers Mek- 
nes. Hostiles aux Strangers certes, mais aussi profondement divi- 
s6es et en proie & des luttes intestines sans cesse renaissantes, les 
tribus Zemmour apportent ainsi, dans les plaines arabisees, l'ardeur 
guerriere et la rudesse des moeurs de la montagne berbere, jusqu'4 
1 'intervention franchise et le r£tablissement de l'autorite centrale. 

Les tribus Zemmour comptent a l'epoque plus de 12 000 tentes 
groupant environ 60 000 personnes 1 . Par leurs coutumes berberes de- 

1. Chiffre approximatif, cf. Villes et tribus du Maroc, t. Ill, 1920, p. 188. 
Actuellement les Zemmour comptent 137 000 ressortissants. Les tribus A'it-Amar 
d'Oulmes, d'origine zaiane, rattachees administrativement aux Zemmour apres 
le Protectorat francais, ne sont pas etudiees ici. 



112 MARCEL LESNE 

ineur&s a peu pres intactes, par leur type physique assez differencie, 
par leur rude valeur guerriere et leur genre de vie semi-nomade et 
pastoral rappelant celui de la montagne, les tribus Zemmour accu- 
sent une tres forte personnalite d'ensemble qui apparait aux yeux 
des gens les moins avertis, meme encore de nos jours. Pourtant, cette 
grande Confederation comprend de tres nombreux groupements inter- 
nes assez particularisms ; le tableau de commandement dresse apres des 
decades d 'administration reguli^re donne une idee imparfaite de 
la multiplicity des groupements. Huit grandes tribus ou sous-confe- 
derations : Bni-Hakem, Haouderrane, Ait-Ouribele, A'it-Jbel-Doum, 
Messarhra, Kabliyine, Ait-Zekri (A'it-Belkassem, Ait-Ouahi, A'it-Abbou) 
et Bni-Ameur (Ait-Ali-ou-Lahsene, Kotbiyine, Mzourfa, Khzazna, Hej- 
jama) ainsi que deux tribus de chorfa composent une mosalque de 
populations conscientes k la fois de leur origine particuliere et de leur 
appartenance k la Grande Confederation Zemmour. Une etude plus 
pouss6e de ces groupements fait ressortir une diversite d'origine 
toujours plus accused. Des lors, deiaissant les habituelles explications 
biologiques ou patronymiques, il faut rechercher ailleurs la clef d'une 
structure qui allie si curieusement la cohesion de l'ensemble au par- 
ticularisme forcen6 des formations internes. 

Plus qu'nne origine g6ographique commune, qui n'est aucunement 
certaine, ni m6me probable, ce sont les aventures v6cues ensemble et 
le genre de vie impose" par les conditions historiques et geographiques 
qui contribuerent k rassembler et unir les tribus de la Confederation 
Zemmour. Les recherches entreprises dans ce sens peuvent paraitre 
tem6raires, car la coutume en pays Imazirhene reste purement orale 
et la vie sous la tente ne favorise guere la conservation de documents 
6crits. Mais le mouvement SE-NO, qui ebranla tant de populations au 
Maroc, a laisse des traces profondes dans la tradition orale, et aussi 
dans les pays traverses, si bien que le lent cheminement des Zemmour 
vers les plaines atlantiques peut 6tre, non point etabli avec certitude, 
mais esquiss§ avec l'espoir de degager plus qu'une hypothese. 

C'est sous le regne de Moulay-IsmaH que les Zemmour apparais- 
sent dans i'histoire. Les recits des chroniqueurs leur assignent alors 
un r61e de premier plan dans la politique berbere men£e par ce sou- 
verain et il devient possible de localiser, en utilisant divers documents, 
ainsi que les donnees de la tradition orale pour les periodes plus 
recentes, les divers habitats occup£s par les tribus. Certes, la vie pro- 
fonde des populations nous echappe toujours, mais les relations d'un 
groupement aussi important que les Zemmour avec la dynastie ou les 
autres confederations et tribus apparaissent hautement significatives 



LES ZEMMOUR 113 

des epoques et des lieux suceessifs ou elles se situent. Tour a tour 
tribus makhzcn, tribus simplement fideles a la dynastie, tribus revol- 
ves, tribus p^riodiquement soumises et tribus en siha, les Zemmour 
illustrent les 6tapes de l'histoire de la dynastie alaouite, jusqu'a 
Moulay-Abdelaziz et Moulay-Hafid. Leur mouvement en direction du 
NO aurait pu 6tre celui des autres tribus demeurees dans le Moyen 
Atlas, si 1'intervention frangaise n'avait arrets la coulee des popula- 
tions berberophones vers les plaines atlantiques en immobilisant les 
Zemmour, tribus de pointe, aux lisieres de la Mamora qu'ils venaient 
d'arracher de haute lutte aux arabes Bni-Ahsene. 



Chaiutrb I 

DIVERSITE DES COMPOSANTES 
DE LA CONFEDERATION ZEMMOUR 

I. L'ANCETRE ^PONYME 



a) Lc lien biologique : explication insuffisante. 

On tenterait volontiers, par besoin de logique interne et d'unit£, 
par habitude aussi, de rechercher & travers les textes ou les legendes, 
l'existence d'un ancetre commun, d'un heros dont les Zemmour tout 
entiers se considereraient, plus ou moins, comme les descendants par 
le sang. Mais il serait tout a. fait 6tonnant, de prime abord, qu'un 
ensemble de tribus r£unissant actuellement plus de cent trente mille 
individus puisse se reclamer d'un ancetre commun, meme flctif. 

Aussi bien, meme pour les tribus, plus fortement coherentes que 
les confederations, Pheterogeneite des elements divers qui les compo- 
sent interdit d'aecepter comme explication essentielle au groupement, 
voire comme explication valable, l'unite biologique par le sang, qu'elle 
soit directe ou qu'elle fasse appel a la fiction de l'adoption. « Par le 
fait meme que les populations sont imparfaitement fixees au sol, 
ecrivent A. Bernard et M. Lacroix, les indigenes d'une meme tribu 
ont beaucoup moins de chances de descendre d'un auteur commun que 



114 MARCEL LESNB 

les habitants (Tun meme village de France » 2 . La croyance en un 
ancetre eponyme traduit certes la conception de Punion par le sang. 
Mais la tribu, groupe deja plus developpe que le clan, rassemble des 
elements d'origine tres diverses. « Elle ne se deVeloppe pas seulement 
par intussusception mais aussi par juxtaposition ... la tribu s'est 
formee a la fois par le developpement familial et par l'agregation 
d'elements etrangers s> 2 . E. Doutte 3 a 6galement constats, apres avoir 
<jtudi6 les populations de Figuig, l'impossibilit6 d'accepter l'explica- 
tion de la structure tribale par la consanguinite : « C'est a tort, 
^crit-il, qu'on se represente les divisions des tribus sous la forme d'un 
arbre g£n6alogique. Les divisions des groupes actuels de populations 
constituent gen^raleinent, non des rameaux issus d'une meme souche, 
mais des greffes apport£es sur un pied primitif parfois impossible 
a discerner » . 



b) Le terme Zemmour : ses obsourites. 

Peut-on trouver pour la Confederation des Zemmour quelque essai 
d'explication, autre que biologique, au groupement des tribus ? Le 
terme de Zemmour semble derive du berbere Azemmour. Ce mot, ecrit 
E. Laoust, « designe l'oleaster dans le Sud du Maroc, et l'arbre cultiv£ 
dans le Rif, les Kabylies ... etc. II apparait d'une antiquity deja 
respectable si on en juge par ce fait qu'il s'est fix£ comme toponyme 
dans les regions ou le berbere n'est plus parl6 : Zemmora en Algerie, 
Azemmour petite ville du littoral marocain » 4 . Bien que se reierant 
a un arbre fort commun au Maroc, ce mot se revele peu utilise dans 
l'onomastique marocaine. II existe un vaste plateau saharien, au S.E. 
du Maroc, appele" plateau des Zemmour, ce qui, avec la ville d' Azem- 
mour r6duit a peu d'exemples l'emploi g^ographique du terme. Quel- 
ques groupements humains font aussi appel & ce mot : Bni-Zcmmour 
qui constituent au S. O. de Casablanca une confederation de tribus 
arabophones dont Boujad est le plus gros centre, et les Oulad Zem- 
mour, petite fraction de la tribu des Bni-Bou-Yahi installee dans le 
Haut Msoun, aux environs de Sakka. Rien ne permet evidemment 
d'effectuer un rapprochement quelconque entre ces noms de lieux 
et nos tribus Zemmour; de mdme l'absence totale de rapports et de 



2. A. Bernahd et M. Lackoix, L'evolution du nomadisme en Algerie, Alger, 
1906, p. 278. 

3. E. Doutte, Figuig. Notes et impressions, 1903, p. 186. 

4. E. Laoust, Mots et choses berberes, Paris, 1920, p. 447. 



LBS ZEMMOUR 115 

souvenirs communs entre Bni-Zemmour et Zemmour ne semble pas 
devoir permettre de retenir l'affirmation du Cheikh Zemmouri 5 , qui 
les cite comme freres de race; en outre, les trois groupes : Zemmour, 
Bni-Zemmour, Oulad-Zemmour sont respectivement classes comme 
berbere, arabe et zenete 6 . La rarete d'emploi du generique Zemmour, 
ainsi que le fait de le voir pourtant designer des groupements eloigned 
les uns des autres par la langue, la situation geographique et l'absence 
de tout lien historique ou de tout souvenir commun, ne permettent 
pas de conclure a une explication linguistique valable pour nos seuls 
Zemmour : Vazemmour est un arhre trop repandu au Maroc pour 
que, s'il constitue un embleme possible de groupement, il puisse £tre 
reserve seulement a quelques ensembles. Cependant, se r6f6rant a 
l'arbre rustique et vigoureux, les legendes locales essaient d'expliquer 
l'appellation de Zemmour : 

On raconte que Sidi-Boubker, cherif des Ait-Mguild, ren- 
contra un jour deux hommes de regions differentes et leur posa quel- 
ques questions. « Quelle est la chose la plus amere dans le corps 
humain ? » demanda-t-il a l'un d'eux. Le cherif repondit Iui-meme 
a sa question en disant : « C'est la bile {eze). Eh bien, ta tribu s'appel- 
lera desormais Ezayane (Za'ian ou Izayan) car vous serez toujours, 
par Faide de Dieu, comme ce liquide, amers et dfrtestables. Et toi, 
dit Sidi-Boubker en s'adressant a l'autre, quel est l'arbre de ta region 
dont le bois est tres dur ? « C'est azemour, r6pondit l'homme aussi- 
t6t », « Eh bien, mon fils, dit le cherif, ta tribu s'appellera des aujour- 
d'hui Zemmour et vous serez semblables a ce bois, toujours ro- 
bustes » 7 . 

Une explication voisine a cours en tribu Khzazna : Finstallation 
des tribus dans une region couverte d'oliviers sauvages aurait donn6 
leur nom aux Zemmour. Mais dans ce domaine des explications patro- 
nymiques, le folklore subit l'influence des conteurs publics qui, a 
l'aide de rapprochements, de subtilitfe phon6tiques, de legers indices, 
s'efforcent de batir de toutes pieces des 16gcndes fiatteuses ou de jus- 
tifier des parentis enviables. 



5. G, Salmon, L'opuscule du Cheikh Zemmouri sur les Chorfa et les tribus 
du Maroc, Archives Marocaines, t. II, pp. 282-3 (la mention faite est redigee 
comme suit : « Tribus des Bni-Zemmour apparentees aux Bni Zemmour 
Chleuhs »). 

6. Liste des confederations, des tribus et des principales fractions du Maroc. 
Direction des Affaires Indigenes, 1936. 

7. Informateur : Mohammed-Ben-H., Messarhra (Alt Ounzar), 1952. E. 
Laoust cite une hypothese linguistique falsant deriver azemmour de ezmer 
« etre fort et puissant *. Cette anecdote evoque un tel rapprochement. 



116 MARCEL LESNE 

Ibn Khaldoun ne nous est non plus d'aucun secours dans la 
recherche de lettres de noblesse pour les Zemmour. Peut-etre ces 
derniers descendent-ils de Zemmer, fils d'Aurigh, lui-meme fils de 
Magher, flls de Bernes, fils de Berr ? lis appartiendraient en ce cas 
a la branche des Berber es Branes 8 . Mais rien d'autre 6videmment 
qu'une ressemblance de nom ne peut permettre un rapprochement. Ibn 
Khaldoun cite ailleurs des Bni Zemmor, parmi les Nefouca 9 , habitant 
aux environs de Tripoli ; les Nefouca, descendants de Nefous, fils de 
Zeddjik, fils de Madghis-el-Abter, fils de Berr relevent de la branche 
des Berberes Botr. Telles sont les indications historiques les plus 
lointaines, trop vagues et surtout sans continuity avec les epoques 
plus rapprocMes pour qu'une hypothese puisse etre echafaudee 10 . 
Ibn Khaldoun « auquel une certaine geniality non moins que le pri- 
vilege de la traduction out confere une sorte de tutelle sur l'historio- 
graphie europ^enne » n , reste, en ce qui nous concerne, une reference 
obligatoire et de bon ton, mais n'apporte aucune lumiere sur Forigine 
des Zemmour, 



c) Les Ugendes genealogiques : insuffisatices et contradictions. 

M la traduction orale faisant de l'olivier sauvage l'embleme des 
quality zemmouries, ni ce qu'on ne peut appeler en definitive qu'une 
coincidence de noms dans l'Histoire des Berberes, n'offrent d'explica- 
tion valable. La presque totalite des ressortissants Zemmour, des qu'ils 
sont appends a vivre a l'ext^rieur des limites de leur territoire, ajou- 
tent a leur nom l'expression distinctive ez-zemmouri; mais les legen- 
des genealogiques, au demeurant peu nombreuses et peu connues, ne 
nientionnent jamais le mot Zemmour. 

La Mgende la plus courante veut que les Zemmour descendent 



8. Ibn Khaldoun, Histoire des Berberes, Trad, de Slane, Alger, 1852, p. 170. 

9. Ibn Khaldoun, Ibid., p. 226 : < Les Nefouca, descendants de Nefous, for- 
maient une des grandes tribus de la race berbere. lis se repartissaient ensuite 
en plusieurs branches telles que les Beni Zemmor, les Bni Meskour et les 
Matouca. Ces grandes families habitaient les environs de Tripoli ainsi que les 
localites voisines ». 

10. El Berki signale une tribu Bni-Zemmour pres du Jbel Nefouca entre 
Tripoli et Kairouan {Description de VAfrique Septentrionale, Trad, de Slane, 
Alger, 1913, p. 25). 

11. J. Berque, Qu'est-ce qu'une tribu Nord-Africaine ? in Eventail de I'his- 
toire uivante, t. I, Paris, 1953, p. 256. 



LES ZEMMOUE 117 

de cinq freres 7 fils d'un certain A'issa. Chacun d'eux aurait fond£ 
une tribu qni continue a se reelamer de son ancetre 12 : 

Lahsene-ou-A'issa leg Ait-Abbou 

Belkassem-ou-Aissa les Ait-Belkassem 

Houder-ou-Aissa les Haouderrane 

Mimoun-ou-Aissa les A'it-Mimoun 

Haddou-ou-Aissa dit Harami ou 

Messarhani-ou-Aissa les Messarhra 

La tradition ajoute que les cinq freres nc purcnt jamais s'en- 
tendre et que les families, puis les tribus, se separerent et prirent le 
nom de chacun d'eux, au lieu de s'appeler toutes Ait-Aissa. Les autres 
tribus : Kabliyine, A'it-Ouribele, puis les Bni-Hakem et Bni-Ameur 
qui font maintenant partie des Zemmour, auraient rejoint plus tard 
les cinq groupements primitifs. Si on ne peut accorder a cette 16- 
gende que la valeur de tous les essais d'explication de ce genre, du 
moins nous renseigne-t-elle sur la presence d'un noyau qui serait 
authentique, sur l'arrivee d'autres tribus dans le groupement, sur l'in- 
corporation plus tardive des ensembles tribaux Bni-Hakem et Bni- 
Ameur. 

Mais un autre nom, moins connu des strangers, jamais mentionne' 
dans les nombreuses etudes etablies par les Officiers de Renseigne- 
ments et les Controleurs Civils, d£signe les memos populations zem- 
mouries : celui d'A'it-Zouggouatt. G. Marcy 13 voit dans ce terme 
le vrai nom berbere des Zemmour. En tribu, la m£me explication pr£- 
vaut et le fait m€me que cette appellation apparaisse peu usitee k 
l'exteneur, semble indiquer soit un emploi restreint aux seuls Zem- 
mour soit un terme non repr£sentatif de Pensemble des membres de 
la confederation. Selon la legende 14 , Zouggoua, chef guerrier celebre 
par sa bravoure, se serait illustr£ lors de la lutte menee contre les 
Bni-Ahsene qui occupaient autrefois le territoire aujourd'hui d£volu 
aux Zemmour. 

« A la tete d'un groupement valeureux, Zouggoua arriva ainsi 
prds d'Ouljete-es-Soltane et trouva une vieille forteresse delaissee 
(Kasbete-harira) : il y laissa quelqu'un pour le representee Ainsi pro- 
c6da-t-il au cours de cbaque avance, lors de sa poursuite victorieuse 



12. Lfigende recueillie par Mohammed-Ben-H., Messarhra (Bni-Ounzar), 1951. 
Egalement mentionnee par M. Fresneau dans Contribution a une monographic 
de tribu .- les Kabliyine, 1948, Arch. Direction de PInterieur, Rabat. 

13. G. Marcy, Le Droit coutumier Zemmour, Alger, 1949, p. 4. 

14. Informateur Mohamed-Ben-H..., Messarhra )Bni Ounzar), 1950. 



118 MARCEL LESNE 

de l'ennemi : a chaque endroit conquis, Zouggoua installait un ou 
deux membres de sa famine. Et a chaque fois qu'on leur demandait 
quelle 6tait leur tribu, ils repondaient : A'it-Zouggouatt. Tous les Zem- 
mouris descendent de la faraille de Zouggoua ». 

Cette legende n'offre cependant pas une explication satisfaisante. 
Certes, la lutte contre les Bni-Alisene fut la grande epop6e des Zem- 
mour et elle impr6gne tous les souvenirs des anciens, mais elle ne 
s'est d6roulee qu'a partir du xvm a siecle seulement dans la region 
indiquee par la legende. Or, un document in6dit 15 signale qu'a la fin 
du xvii* siecle, les Zemmour se subdivisent en A'it-Zouggouatt et en 
Ait-Hakoum. La legende du guerrier valeureux doit etre consid6ree, 
soit comme une justification a posteriori d'une appellation dont l'ori- 
gine se trouve oubliee, soit comme le rajeunissement d'une ancienne 
explication patronymique qui avait perdu de sa substance et de sa 
precision. 

La fiction genealogique, pourtant apte a recouvrir une vari^te* 
extreme d'origines, ignore ainsi le mot Zemmour et n'offre que des 
explications imparfaites, ou manifestement contradictoires, d'un aussi 
vaste groupement. Personne ne sait plus pourquoi les diverses tribus 
se disent Zemmour. Cela n'est pas pour etonner : d6ja la tribu elle- 
meme n'a pas la cohesion, l'unit6 solide qui caraeterise la famille 
berbere, et elle epuise souvent des tresors d'ingeniosite pour mainte- 
nir le mythe de la consanguinity ; plus encore que la tribu, la confede- 
ration apparait comme un groupement essentiellement politique, 
dont la cohesion tout exterieure recouvre une heterog^neite profonde 
et indiscut6e. Des lors, nous ne pouvons esperer trouver de souvenirs 
precis que dans le cadre d'unites plus petites. 



II. HETEROGENEITY DES POPULATIONS ZEMMOUR 



La diversite ethnique des tribus Zemmour a ete remarquee par 
G. Marcy 16 qui 6crit : « On y releve la presence d'elements apparte- 
nant aux trois branches nomades du peuple arabo-berbere, qui ont tour 
a tour occupe la scene historiqne du Maghreb : Sanhaja nombreux 
surtout dans les fractions Sud et qui se rattachent au rameau epony- 



15. Liste des tribus Zemmour, obligeamment communique par G. S. Colin, 
directeur d'etudes a l'lnstitut des Hautes Etudes Marocaines a Rabat. 

16. G. Marcy, Le droit coutumier Zemmour, p. 4. Nous retenons ici, non le 
raisonnement etiologique, mais la constatation d'une diversite eihmque. 



LES ZEMMOUR 119 

mique des Ait Zoulit; Zenetes plus ou moins arabises dont certains 
portent encore le nom d'illustres ancetres (Ijanaten); Arabes enfin, 
plus ou moins berberises, et surtout repartis vers les basses plaines 
qui jalonnent la route de Rabat k Meknes (Beni Amer) ». On peut 
en effetj des que Ton examine de plus pres tribus ou fractions, relever 
des origines extrememcnt diverges, non seulement conservees par la 
tradition orale, mais illustrees par des souvenirs geographiques pre- 
cis; parfois meme des relations, maintenues malgre" les distances ou 
Panciennete de la vie commune, attestent de la vivacite des senti- 
ments de parentc. 

a) La tradition juive. 

L'origine juive de certaines fractions reste toujours difficile a 
retrouver, par suite du voile qu'elles jettent sur la conversion de 
leurs a'ieux, de crainte de perdre quelque prestige. Les A'it-Makhlouf, 
petite fraction des Ait-Ouribele, passent en tribu pour etre des juifs 
islamises, sans doute k cause de leur nom, mais s'en defendent ou evi- 
tent d'aborder le probleme de leur origine 1T . Par contre les Ait-Babou- 
te, des Bni-Hakem, ont garde un souvenir tres net de leur conversion. 

La legcnde raconte que trois bijoutiers juifs furent convertis a 
l'Islam par Sidi-Mohammed-Ben-Mbarek, patron des Zaer 18 . Le flls de 
ce saint, sejournant a. Fes, etait entr6 en discussion avec de savants 
lettres : « Ton pere n'est pas un saint, lui dirent-ils, il passe son 
temps k la chasse et a. la peehe ». De retour chez son pere, le flls ne 
manqua pas de lui rapporter les propos tenus devant lui. « C'est bon, 
repondit son pere, dis-leur de venir et je leur prouverai mon pouvoir ». 
Les docteurs de Fes arrives, un repas leur est d'abord servi. « Qu'avez- 
vous dit k mon flls ? declare ensuite Si-Mohammed-Ben-Mbarek ». Et 
une discussion animee s'engage alors. Puis Sidi Mohammed s'exalte : 
« Que voulez-vous que je fasse ? Voulez-vous voir la Kaaba ici-meme 
et accomplir ainsi votre pelerinage ? » Aussitot il agite le pan de son 
burnous, les montagnes s'ecartent, et la Kaaba apparait Trois juifs 
qui se trouvaient prds de la, avec leurs petites tentes de commer- 
cants, 6blouis par le prodige, adorerent aussit6t le vrai Bieu et son 



17. Dans 1'OpuscuIe du Cheikh Zemmouri (G. Salmon, Arch. Mar., t. II, 
p. 262) a propos de chorfa, nous pouvons lire « Al-Hassan, surnomme Makhlouf, 
dans la tribu des Zemmour chleuh qui appellent ses descendants Ouled El- 
Hassan s>. 

18. Informateur Abdeslam-Ben-A..., -el-Hakmaoui, Ait-Baboute, douar Alt- 
Sliraane, 1953. 



120 MARCEL LESNE 

Prophete. « Vous serez mes serviteurs » leur dit Sidi-Mohammed-Ben- 
Mbarek. C/est ainsi que les trois bijoutiers se fixerent aupres du saint, 
prosp6rerent grace a sa « baraka » et fonderent les trois douars Ait- 
Baboute : les Ait-SIimane, les Alt-Ikko-ou-Hajjou, les Ait-Brahim. De- 
puiSj chaque ann6e, en Octobre et en Mars, les A'it-Baboute vont en 
p&erinage faire leurs devotions sur le tombeau de leur patron, au- 
jourd'hui en pays Bou-Hassoussene 19 . 

Selon V. Loubignac 20 , Sidi-Mohammed-Ben-Mbarek, contemporain 
du Sultan Aboul-Abbas-Ahmed-el-Mansour, appartient comme Moulay- 
Bouazza au groupe de saints berberes auxquels on prete des miracles, 
empruntes a l'histoire religieuse, qui les integrent ainsi dans l'Islam; 
« s'il ne peut ressusciter les morts, 6crit-il a, son propos, il conversa 
du moins avec Pun d'eux ». Mohammed-el-Kadiri^ 1 , donne aussi du 
« cheikh Abou Abd Allah Mohammed ben Motibarak Az-Zari, enterr6 
a Taswat, en 1006 (J. C. 1957) », disciple du « Sayyidi Abou-Amar-el- 
Marrakchi », une image a laquelle s'accorde tout a fait la legende 
A'it-Baboute. « II avait des moments d'exhuberante surexcitation 
mystique et accomplissait des prodiges 6blouissants..., il comblait de 
ses bienfaits tous ceux qui venaient a lui ou qui passaient par sa 
demeure. C^tait neanmoins un illettr6; il avait dans sa jeunesse 
voulu se livrer a l'Stude de la science a Meknes-ez-Zitoun, mais il en 
avait et6 dissuade" par le Prophete (que Dieu r^pande sur lui ses 
benedictions et lui accorde le salut) qui, un soir, lui etait apparu en 
songe et lui avait dit : « Tu n'£tudieras point; mais va ! tu es cepen- 
dant un cheikh », La tradition A'it-Baboute met aussi, nous l'avons 
vu, l'accent sur le caractere d'ignorance et de pouvoir surnaturel du 
saint berbere. Ce serait done vers la fin du xvi e siecle que les A'it- 
Baboute adopterent la religion islamique ; ils se trouvaient sans doute 
a cette £poque dans la region du Fourhal bien avant que le reste des 
Zemmour y parvienne et y sont restes pres de deux siecles. Nul doute 
que cette permanence vivifiante aupres du tombeau sacre et la renom- 
m6e du thaumaturge n'aient permis aux A'it-Baboute de continuer 
a feter un evenement qui, sans cela, comme pour beaucoup de juifs 
islamises, serait tomb6 dans Poubli, 



19. Un groupe de chorfa comprenant 160 families environ (600 personnes) 
appelees Mbarkiyine, habite aujonrd'hui le petit centre de Sidi-Mohammed-Ben- 
Mbarek; le saint est decede au 17° siecle, (Fiche de tribu des Bou-Hassoussene, 
mise a jour en 1953. Anonyme). Le marabout se trouve a 25 km environ au 
S. E. de Moulay-Bouazza. 

20. V. Loubignac, Un saint berbere, Moulay-Bouazza, Hespiris, 1944, pp. 15 
k 34. 

21. Arch. Mar., t. XXI (Trad. Graulle), 1913, pp. 102-108. 



LES ZEMMOUR 121 

b) La tradition arabe. 

Beaucoup de tribus, fractions ou douars, se reclament de la 
quality de chorfa; dans ce domaine, les Zemmour ne sauraient non 
plus echapper a la regie gen^rale. Beaucoup seraient en peine de 
justifier leurs dires, fut-ce par des dahirs reconnaissant en eux d'au- 
thentiques descendants du Prophete. Mais 1'essentiel n'est-il pas 
qu'ils passent pour tels aux yeux des autres ? 

« Les chorfa ou pretendus tels, peut-on lire dans les documents 
publics par la Mission Scientifique du Maroc 22 , sont repartis en 
trois groupements dans la circonscription de Khmissete et en cinq 
douars dans celle de Tedderss; dans celle de Tiflete, ils forment trois 
agglomerations : 

Khmissete : 

Tribu des Ait-Yadine 

Fraction des Ait-Sibeur-Arab 

A'it-El-Mejdoub, A'it-Khaled et Ait-Ben-Hammadi, fractions 

des Ait-Ouribele. 

Tedderss : 

Douar des Ait-El-Alem (Moualine-Gour, Bni-Hakem) 
Douar des Ait-El-Alem (Ait-Haddou-Ben-Hassine) 
Maarif (Ait-Aclirine, Haouderrane) 
A'it-Atta (Ait-Bou-Meksa) 
Ouled-Sidi-Cheikh (Ait-Bou-Meksa). 

Tiflete : 

Tribu des Ouled-Bou-Yahya 
Oulad-Sidi-El-Arbi, El-Khiyati (Kotbiyine) 
Oulad-Sidi-El-Khandour-El-Mbarki (Hej jama) . 

De tous ces « chorfa », les Ait-Yadine, les A'it-El-Mejdoub et les 
Ait-Bou-Yahia passent pour etre authentiques ; ils descendraient de 
Moulay Idriss du Zerehoun : les Ait-Bou-Yahya d^tiendraient des 
dahirs attestant l'authenticit6 de leur genealogie... » 23 . 



22. Vil. Trib., Rabat et sa Region, t. Ill, Paris, 1920, pp. 224-225. 

23. Malgre de nombreuses demarches et 1'appui de fqihs pourtant bien 
introduits en milieu Ait-Bou-Yahya, les documents, s'ils existent, sont restes 
caches dans les coffres et meme la simple filiation ou les principaux reperes de 
I'arbre genealogique font l'objet du m£me secret. De mauvaises langues Zem- 
mouries prelendent que l'ancetre des Alt-Bou-Yahia ne serait qu*un juif tres 
lettr£, converti a 1'Islam. Le douar Ait-Ikhlef pretend que son fondateur est 
venu de la region de Tlemcen. 



122 MARCEL LESNE 

Les Ait-Yadine constituent surement le gronpement le plus 
important et le moins conteste ; leur quality de chorfa leur a 
permis de jouer tres sou vent le role d'arbitres ou de conciliateurs 
lorsque des rivalites opposaient entre elles certaines tribus des Zem- 
mour. Une copie du dahir reconnaissant aux Ait-Yadine leur glo- 
rieuse ascendance serait entre les mains du khalifa Mohammed-Ben- 
Si-Ali, qui refuserait de s'en dessaisir, refus occasionnant des que- 
relles fr6quentes en tribu; le premier dahir remonterait a l'epoque 
du « Sultan noir », c'est-a-dire du Sultan meVinide Abou-El-Hassan 24 . 
Diverges 16gendes, contradictoires pour certains details, se rapportent 
a l'arriv6e des Ait-Yadine en tribu Zemmour. 

« Pour e>iter une violente attaque des Bni-Ahsene- 5 , les Ait- 
Zouggouatt furent obliges de d£camper et de quitter k la hate l'em- 
placement qu'occupent maintenant les Ait-Yadine, laissant derriere 
eux un paralytique, oubli6 dans la precipitation du depart. Ayant 
apercu l'infirme, Sidi-Yadine, encore inconnu en tribu, lui demanda 
de se lever et de suivre les si ens : 

— « Je ne peux pas, r^pondit le paralytique. 

— Je sais, mais leve-toi quand mfime, ajouta Sidi-Yadine », 

L'homme se leva aussitot. Dans sa joie mel6e d'6tonnement, il 
remercia l'inconnu et lui demanda son nom. Le thaumaturge repondit : 
« Je m'appelle Sidi-Yadine; n'oublie pas de le dire k ta tribu ». Infor- 
med du miracle, les Ait-Zouggouatt construisirent un mausol6e en 
l'honneur du cherif, a l'endroit meme ou il se produisit. Plus tard, les 
descendants de Sidi-Yadine vinrent chez les Zemmour, acheterent des 
terrains pres du mausolee de leur ancfitre et s'installerent definitive- 
ment. 

II existe cependant une autre version, 16gerement diffe>ente. 
L'homme enterr6 dans la koubba consacr£e au saint, s'appellerait Si- 
Ben-Thami et f ut, non pas cherif, mais simplement un prot6g£ de Sidi- 
Yadine. Oe dernier serait enterre" € k Moulouya, dans les Bni-Mguild, 
Ait Kessou, Ait Moussa, Ai Haddou » : 

« Si Ben-Thami 6tait atteint de paralysie aux jambes. Un jour 
sa tribu fut obligee de s'enfuir devant l'invasion d'une autre tribu 
Zemmour. N'ayant pu suivre les siens, Si-Ben-Thami fit appel k Sidi- 
Yadine pour le proteger contre l'ennemi. Le saint, connu de tous 



24. Renseignements recueillis aupres de Moulay-H..., le plus age des chorfa 
Ait-Yadine, 1952. 

25. Legende recueillie aupres de Moulay-B..., -Ali-Yadini, chef de la jemaa 
des Ait-Yadine au tribunal coutumier des Zemmour (70 ans), 1952. 



LES ZEMMOUR 123 

Ies Zemmour, venait percevoir la ziara. « Leve-toi et suis les tiens, 
dit-il, mais auparavant sache que tu es mon representant ici. Ta 
famille est la notre. Tu diras en outre a ta tribu que Sidi-Yadine, qui 
t'a gueri, voudrait qu'& ta mort tu sois enterre a cet endroit » . 
L'infirme s'apergut alors qu'il pouvalt marcher et rejoignit les siens. 
De retour sur leur territoire, les habitants e\lifierent un tas de pierres 
la ou le miracle avait eu lieu, en eigne de reconnaissance. Plus tard, a. 
sa mort, Si-Ben-Thami fut enterre' au meme endroit ». 

Ce r6cit semble inflechi vers la glorification d'une famille, celle 
de 1- informateur, justement petit-fils de Ben-Thami; mais la trame 
generate reste k peu pres la m£me. 

Les Ait-Yadine, etrangers, se seraient done, selon la legende, 
installs dans le pays post^rieurement a sa conquete par les Zem- 
mour 28 . lis entretenaient d6j& des relations avec les Zemmour et 
habitaient la haute Moulouya a cette epoque. De nos jours encore, des 
pelerinages individuels ont lieu regulierement au pays d'origine; il 
faut au pelerin environ 6 a 8 jours pour se rendre, a dos de mulct, 
sur la tombe de Sidi-Yadine, en passant par El-Hajeb et Azrou; le 
tombeau se trouve au douar A'it-Messaoud (Bni-Mguild) k un kilometre 
environ au sud de Bou-Mia, petit village situ£ sur la riviere Bou-Mia, 
affluent de la Moulouya 27 . Les Ait-Yadine se considerent comme cou- 
sins directs des « Ait-Ouezzane », appel^s encore « Dar Dmana » 28 , 
e'est-a-dire des fils de Moulay-Abdeslam qui fut chef des chorfa Tai- 
biyine-Thamiyine d'Ouezzane, de 1850 k 1892. lis revendiquent la 
g6n£alogie suivante : 

Sidi-Yadine, Ben-Mohammed, Bnou-Afa, Ben-Lyazid, Ben-Benais- 
sa, Ben-Brahim, Ben-Younous, Ben-Slimane (frere Idriss P r ) Ben- 
Abdallah, Ben-Omar, Ben-Hassan-El-Basti, Ben-Hassan-El-Motoni, 
Ben-Ali, gendre du Prophete. 

lis appartiendraient done au groupe des Idrissides Sole'imaniens, 
descendants du frere d'Idriss P r , qui regnerent sur Tlemcen et furent 
defaits vers 921 par Messala-Ben-Habbous, chef des Miknassa et gou- 
verneur de Tahert, au service des Fatimides, lors de sa deuxieme expe- 
dition contre les Idrissides 29 . La tradition orale afflrme aussi que 



26. Nous verrons plus loin que 1850 est la date a partir de laquelle on peut 
consid^rer les Zemmour comme installed dans leur territoire. 

27. Informateur Houceine-N..., Souk Jemaa des Ait-Yadine, 1951, 

28. Informateur Mohammed-Ben-H..., Messarhra (Ait Ounzar), renseigne- 
ments recueillis aupres de Si Hammou, chfSrif Ait Yadine, 1952. 

29. Henri Terrasse, Histoire du Maroc, Casablanca, 1949, t. I, pp. 180 a 184. 



124 MARCEL LESNE 

les A'it-Yadine viennent d'Ait-el-Hout, pres de Tlemcen 30 , ce qui 
confirmerait leur appartenance nominale aux « chorfa d'Ain-el-Hout, 
descendants du cherif Sidy-Sole'iman-ben-Abdallah-el-Kamel dont le 
fills fut proclam6 a Ain-el-Hout, a 8 km au nord de Tlemcen » M . Les 
A'it-Yadine jouissent d'une grande det6rence en tribu, on on leur pro- 
digue les titres de Sidi, Moulay, Lalla...; leur parler, fortement in- 
fluence" par le dialecte des Ait-Serhrouchene 32 , rend plus plausible 
encore leur origine 6trangere, que Ton peut situer avec vraisemblance 
en Haute Moulouya. 

Les AU-Sidi-Lahsene qui occuperent pendant longtemps les hau- 
teurs de Tafoude'it, zone traditionnelle de parcours et haut lieu de la 
resistance zemmourie au pouvoir central en periode de siba, se pr£- 
tendent egalement d'origine arabe. lis constituent une petite fraction 
de la grande tribu des Haouderrane. lis d^tiennent un certain nombre 
de dahirs, dont la liste fut dressee en 1921 3a . 

« Liste des dahirs cherifiens anciens en possession des Ait Sidi 
Lahsene des Zemmour. 

1° — Dahir au Sceau de Moulay-Ismai'l date de Djoumada II 
de Pan 1100 prescrivant de traiter avec honneur et respect les Ouled- 
Sidi-Lahsene-Ben-Mansour de la branche d'Ain-El-Leuh, les exemp- 
tant de contributions et d'impositions et les autorisant k verser les 
impots zehkat et dchour a leur chef spirituel, supe>ieur des Mrabtines 
et Zaouias du Maroc. 

2° — Dahir du meme Sultan en date du 16 choual 1109 ordon- 
nant que ces mfimes chorfa soient honores et respectes et qu'il ne soit 
port6 aucune atteinte a. leurs coutumes et traditions. 

3° — Dahir du mSme Souverain dat6 du 16 Djoumad prescri- 
vant que les chorfa Si-Ahmed et Si-Ibrahim petit-fils du saint Si- 
Lahsene-Ben-Mansour des environs d'Ain-El-Leuh soient honoris et 
respectes, et qu'au contraire de la masse, il ne soit rien exige d'eux, 
conformement a la tradition. 

4° — Dahir du Sceau de Moulay-Abdallah-El-Alaoui date" du 12 



30. Serge Dersy, Les Zemmour et la foret de la Mamora, C.H.E.A.M., 1952, 
Archives de la Direction de rinterieur. 

31. G. Salmon, Les Bdadoua, Arch. Mar., t. II, Paris, 1904, p. 360-361. 

32. Communication orale de M. A, Roux, directeur d'etudes a l'lnstitut des 
Hautes Etudes marocaines a Rabat, 1956. 

33. Annexe n° 4 au Proces-verbal de la reunion du Conseil de Tutelle des 
Collectivites au Tafoudeit, en date du 16 decembre 1921. Archives du Service 
des Collectivites, Rabat. 



LES ZEMMOUR 125 

de Rebi El Aouel 1143 ordonnant que ces chorfa petits-fils du saint 
Si-Lahsene-Ben-Mansour, de la descendance de Sidi-Rebbi-Yacoub de 
Selouane, soient honores et respectes, affranchis de toute redevance, 
et autorises k verser leur achour et zekkat a leurs foqara. 

5° — Dahir du meme Sultan date du 19 Ramadan 1143 portant 
meme ord on nance. 

6° — Dahir du Sceau du Sultan Si-Mohammed-Ben-Abdallah, 
en date du 23 Redjeb 1171 prescrivant que les chorfa soient honores 
et respectes et qu'ils soient autorises a. continuer leurs traditions, 
protection des pauvres, enseignement et bienfaisance, dans leur zaouia 
sise au sein de la tribu des Zemmour. 

7° — Dahir du meme Sultan date du 24 Chaabane 1202 portant 
ordonnance a l'adresse du Caid Belqacem-Bouziane aux fins d'execu- 
tion des dispositions des Dahirs Cherifiens ci-dessus pris en faveur 
des chorfa Oulad-Sidi-Lahsene-Ben-Mansour, Oulad-Sidi-Rebbi-Yacoub. 

8 D — Dahir au Sceau du Sultan Moulay-El-Yazid-Ben-Moham- 
med-Ben-Abdallah portant meme ordonnance du dit Caid Bouziane 
en date du 13 Ramadan 1204. 

9° — Dahir du Sultan Sidi-Mohommed-Ben-Abderrahmane date 
du Redjeb 1286 prescrivant d'honorer les Ouled-Sidi-Lahsene-Ben- 
Mansour demeurant k cette date entre les Zemmour et les Zai'ans et 
originaires d'A'in-El-Leuh et enjoignant qu'il ne soit porte aucune 
atteinte a leurs coutumes traditionnellcs. 

10° — Dahir de Moulay-Hassan en date du 27 Redjeb 1202 por- 
tant meme ordonnance que ci-dessus 34 ». 

L'influence des Ait-SidiLahsene apparait extremement faible en 
pays Zemmour; ils connurent meme d'ameres vicissitudes et leurs 
voisins les obligerent plusieurs fois k fuir le Tafoude'it. 



34. L'un de ces dahirs mentionne Selouane comme lieu d'origine du fon- 
dateur de la dynastie des chorfa Ai't-Sidi-Lahsene des Zemmour. Faut-il y voir 
le Selouane qui se trouve au Sud de Melilla, dans la basse vallee de 1'Oued 
Gaoud et conclure alors a une probable origine idrisside soleimanienne ? Apres 
leur defaite par les Fatimides, en effet, les descendants de Solei'man, frere 
d'Idriss I* r , furent chasses de Tlemcen et des ports de la cdte oranaise, et 
repousses vers le Maroe Oriental et Melilla. Faut-il au contraire penser a une 
erreur de traduction — ■ impossible a verifier en l'absence de l'original qui n'a 
pu etre retrouve — et lire Senoual, region situee au Sud de Bekrite, dans le 
Moyen Atlas ? Cette derniere hypothese apparait inflniment plus probable 
que la precedente, les Zemmour ayant parcouru la region de Senoual iin 17*- 
debut 18" siecle. 



126 MARCEL LESNB 

Les A'it-Sibeur-Arab portent dans leur nom m#me la trace de leur 
origine etrangere. lis pretendent venir de Miliana, et en cela, se 
distinguent deja des Ait-Jbel-Doum, sous-confederation qui les en- 
globe, dont les fractions ne se souviennent que de la region de Tigrigra 
(haute vallee de l'Oued Beht, pres d'Azrou). Les Ait-Sibeur-Imazir- 
hene, leurs voisins imm&iiats, declarent avoir appartenu autrefois 
a. la tribu A'it-Helli, des Ai't-Jbel-Doum ; detaches de la tribu mere 
par suite d'un differend, ils firent appel a ce groupement arabe pour 
se renforcer et maintenir ainsi leurs droits de culture et de parcours. 
Un certain nombre d'Ait-Sibeur-Arab se pretendent chorfa, design ent 
un naqib et declarent appartenir k la confrerie des Bdadoua 35 . Les 
termes de Bdadoua et de Melaina semblent, selon Michaux-Bellaire, 
designer la m6me categorie de gens pr£tendant descendre de Sidi- 
Ahmed-Ben-Youssef 3e ; il existait par exemple, dans la vallee du Se- 
bou, en tribu Oulad-Mhammed, un douar Melaina, tres connu des 
habitants du Rharb et point de depart d'une £tude de (x. Salmon 
sur les Bdadoua 37 , qui lisaient le Coran, mais pratiquaient la religion 
musulmane de fagon particuliere, sans s'imposer le jeftne. Les A'it- 
Sibeur-Arab et leurs Bdadoua apparaissent pourtant musulmans or- 
thodoxes, observent le jeune du Ramadan et ne se distinguent en 
rien des autres fractions voisines. Cependant, les Bdadoua constituent 
effectivement une secte heretique des Youssefiyine ; en effet « le docte 
cheikh, l'ami du Tres-Haut, Ahmad-Ben-Youssef-El-Miliani, habitant 
Miliana entre Alger et Tlemcen » 38 , disciple du Cheikh Ahmed-Zerrouk, 
fut un grand cheikh soufiste et de nombreux disciples lui attri- 
buerent meme la qualite de prophete; mort en 931 Hg (1524-1525 
J. C.) son tombeau est devenu un lieu de pelerinage venere; mais un 
des disciples de Ahmed-Ben-Youssef, Ibn-Abdallah, embrassa le mani- 
cheisme et pratiqua le rite des Abbahiyida ; cette h6r£sie se developpa 
meme du vivant du saint. 

En fait, les confusions sont nombreuses : portant le nom d'une 
secte heretique (Bdadoua) cre£e par un disciple dissident de Ahmed- 
Ben-Youssef-El-Miliani, les « Melaina » des A'it-Sibeur-Arab, comme 
ceux du Rharb, s'attribuent une origine cherifienne et pretendent des- 
cendre du Prophete par Sidi-Ahmed-Ben-Youssef lui-meme : genealo- 



35. Informateur Mohammed-Ben-L,.., Ait Mimoun (Ait-Jbel-Doum), 1955. 

36. Michaux-Bellaire, Les Musulmans d'AIgerie au Maroc, Arch, Mar., t. XI, 
Paris, 1907, pp. 7-8. 

37. G. Salmon, Les Bdadoua, Arch. Mar., t. II, Paris, 1904, pp. 358-363, 

38. Ibn Askar, Daouhat en-nachir..., Arch. Mar., t. XIX, trad. Graulle, Paris, 
1913, pp. 214-215. 



LES ZEMMOUR 127 

gie fantaisiste, ce dernier ne s'6tant jamais cit6 comme cherif 39 . Si, 
comme dans la plupart de ces cas analogues, aucune certitude ne peut 
etre accorded a Faffirmation interessee d'une origine arabe, il est 
permis de eonclure a une origine etiangere et recente, posterieure a 
^installation des Zemmour dans leur territoire actuel. La tradition 
rapporte que les Mela'ina quitterent l'Algerie au moment de la con- 
quete francaise et que le Sultan du Maroc leur aurait donn6 des 
terres chez les Zemmour et dans d'autres tribus 30 . L'arrivee des 
Francais au Maroc les fit de nouveau partir en dissidenee et les 
Mela'ina des Zemmour, sous la conduite de leur cherif Moulay-Dahad, 
se trouvaient en 1917 a Khenifra et a Kasbah-Bni-Mellal 40 . Leur re- 
tour en tribu Att-Sibeur a 6t£ tr&s tardif. 

Une autre fraction des Bni-IIakem, les A'it-Bou-Hckki comporte 
aussi des adeptes de Moulay-Miliana, c'est-a-dire de Sidi-Youssef-El- 
Miliani-Er-Rachid. En partie berberaphones, les Ait-BouJIekki se pre- 
tendent d'origine arabe; mais il semble que seuls les liens religieux 
particuliers, qui les distinguent des autres fractions, motivent cette 
affirmation. Us entretiennent des relations tres suivies avec les Bni- 
Khirane, tribu arabophone des environs d'Oued-Zem, et pratiquent 
souvent, de concert, le pelerinage a Miliana. Deux journees de marche 
seulement separent les deux groupements et les Bni-Khirane viennent 
souvent chercher femme chez les Ait-Bou-Hekki ; mais les deux tribus 
se savent d'origine ethuique differente et les rencontres aupres du 
tombeau de leur patron apparaissent seules a l'origine de leurs rela- 
tions. Le pelerinage confere un prestige tres grand a ceux qui l'aecom- 
plissent 41 ; il durait autrefois un an ou deux, a pied et a dos de mulet; 
le car et le train ont abr<?g6 ces delais, sans require le m6rite du 
voyage : a son retour, le p61erin est capable de manger du feu et la 
demonstration se fait en tribu au cours de certaines seances, accom- 
pagn£es de danses 42 . 



39. Vil. Trib., Rabat et sa region, t. Ill, Paris, 1920, p. 288. 

40. G. Klein, Etude inedite, juin 1919, communiquee par l'auteur, a tic ten 
officier interprete dans les Zemmour. 

41. Le vieillard des Ait-Bou-Hekki qui nous a communique ces renseigne- 
ments a fait lui-meme plusieurs fois le pelerinage a pied en passant par 
Khmissete-Fes-Taza-Tlemcen-Temouchent-Mostaganem-Miliana (1952). 

42. E. Dermenghen (Le culte des saints dans I'lslam Maghribin, Paris, 1954, 
pp. 223-252), consacre de nombreuses pages a Sidi-Ahmed-Ben-Youssef, et aux 
Bdadoua; il signale egalement la speciality d'avaleurs de feu attribute a ces 
derniers. 

— G. Drague (Esquisse d'histoire religieuse du Maroc, Cahiers de I'Afrique 
et de I'Asie, Paris, 1951, p. 75) decrit rapidement cet ordre de Yousseflyine. 

— Dans une notice sur les Bni-Khirane, non datee, on peut lire que les 



128 MARCEL LESNE 

La veneration accorded par un groupe k un ordre religieux ne 
permet aucunement de couclure k son origine etrangere; le cas 
des A'it-Bou-IIekki, apparait inoins net que celui des Ait-Sibeur-Arab 
ou l'apport exterieur a du etre important, Mais ici encore subsiste 
la conviction de constituer un groupement a part au sein de la tribu : 
k une epoque impossible a determiner, des Elements venus de l'Est, ont 
constitue une petite cellule particulariste, sinon impregne fortement 
un groupement preexistant. 

Les AU'Mejdoub, de l'importante tribu des Ait-Ouribele, appar- 
tiennent k la branchc des A'it-Serhrouchene, et le souvenir de leur 
appartenance k ce groupement humain reste tres vif chez les Ait- 
Serhrouchene d'Immouzere-du-Kandar 43 . 

Les A'it-Serhrouchene, berberes zenetes, dont le berceau est le jbel 
Tichchoukt, dans la haute vallee du Guigou, se considerent tous comme 
chorfa, issus de Moulay-Ali-Ben-Amer-Ben-Yahya-Ben-Idriss II. « Tous 
les A'it-Serhrouchene, dit-on, sont cherifs, c'est-a-dire descendants du 
Prophete..., rapporte E. Destaing 44 . Tous sont respectes et craints 
dans la region ; on les considere tous, riches, pauvres ou f aibles d'esprit 
comme gens dou6s d'un pouvoir surnaturel... Les moBurs et les coutu- 
mes des A'it-Serhrouchene ne permettent guere en effet de les diff6- 
rencier nettement de leurs voisins berberes. Et cependant, par leur 
langue, ils nous paraissent se rattacher aux Zenetes du nord de la 
Berb6rie. Si leur parler s'est bien d^fendu contre Pinvasion d'ele- 
ments appartenant au dialecte des Brabers, la raison en est peut-etre 
dans le fait que les A'it-Seghrouchen depuis le chef de la zaouya jus- 
qu'au plus humble mendiant jouissent pour la plupart de la qualite 
de cherif, que, par suite ils sont craints et respectes dans la region. 
Ils ont sans doute int6ret k conserver toute son originality a leur lan- 
gage qui atteste, k premiere audition, de leur qualite d'Ait-Seghrou- 
chene et de cherif ». 

II n'est done pas £tonnant de voir la fraction A'it-Mejdoub, d6ta- 
chee en pays Zemmour, revendiquer la quality de chorfa et aussi 



Bni-Khirane se disent Berberes sauf la fraction Bni-Mansour, Elle aurait pour 
ancetre un Chretien convert: de Miliana, dont un descendant a donne son nom 
a la fraction. Un des fils de Mansour, Si-Ahmed-Moulay-Miliani aurait son tom- 
beau a Miliana et un descendant de Si-Ahmed se serait fixe chez les Bni-Khirane 
il y a tres longtemps. Ce dernier detail paralt evidemment plus vraisemblable. 
(Arch. D. I.). 

43. Fiche de tribu des A'it-Serhrouchene (Annexe du Kandar) ou sont enu- 
meres tous les grouperaents A'it-Serhrouchene du Maroc. (Arch. D, I.). 

44. E. Destaino, Etude sur les dialectes berberes des A'it-Seghrouchene 
(Moyen Atlas Marocain), Paris, 1920, preface, pages 3 a 88. 



LES ZEMMOUR 129 

la tribu Ait-Ouribele impregnee de rapports avec les A'it-Serhrou- 
chene, Le cherif Sidi-Belkassem-Ben-Gouttiya par exemple, d'origine 
Ait-Serhrouchene, enterre non loin de Khmissete en fraction Ait- 
Haddou des Ait-Ouribele, est le descendant de Sidi-Mohammed-Ame- 
ziane dont le tombeau se trouve chez les Ait-Serhrouchene d'lmmou- 
zere-du-Kandar. Moulay-El-Mostafa et Sidi-Mohammed, les deux ills 
de Sidi-Belkassem percmvent encore r^gulierement la ziara en 
tribu Ait-Ouribele 4 ", II demeure neaninoins impossible de determiner 
la date d'incorporation des Ait-Mejdoub a la confederation des Zem- 
mour. 

Les Ait-Serhrouchene ont garde le souvenir des evenements qui 
obligerent Moulay-Ali, le cherif idrisside, k se refugier au Jbel Tich- 
choukt; leur dispersion remonterait selon la tradition au regne de 
l'Emir AlousHa-Ben-Ali-El-Afia 46 ; ce dernier aurait decide d'aneantir 
les descendants de Moulay-Idriss, ce qui expliquerait leur disper- 
sion et l'absence de liaison entre les divers groupements 47 . Les Ait- 
Serhrouchene du Kandar, selon la tradition auraient quitte le Tich- 
choukt il y a environ 250 ans et occupe le Kandar, apres les Ait- 
Ouallal, les A'it-Ayyache et la fraction Khomra des Bni-Ahsene 48 . Au- 
cune indication, k partir de donnees aussi generates et d'evenements 
remontant au xvni* siecle, ne nous permet d'apporter quelque lumiere 
sur 1'arrivee des A'it-JIejdoub chez les Zemmour. 

* 
* * 

Comme beaucoup de tribus berberes, les Zemmour comprennent 
des groupements se eonsiderant comme descendants du Prophete et 
jouissant ainsi, plus ou moins d'ailleurs, d'une consideration qui, la 
plupart du temps, constitue une reconnaissance de fait, k defaut de 
droit, de leur pr6tendue origine arabe. La presque totalite des chorfa 
en pays Zemmour se disent Idrissides; ils sont berberophones et par- 
fois fortement influences par le dialecte ou le rayonnement Ait-Serh- 
rouchene. L'etude, voire l'approche, de tels groupements s'avere diffi- 
cile, car ils preferent, le plus souvent, etre accepted tels qu'ils se 



45. Informateur E..., Mohammed, Khmissete, 1955. 

46. Fiche de tribu des Ait-Serhrouchene. (Arch. D. I.) 

47. Cette dispersion se situe vers le debut du 10' siecle. L'Emir Moussa-Ben- 
Abilafia, chef des Miknassa du Maroc, nomine gouverneur du Nord marocain 
par les Fatimides, obtint la deposition des Idrissides de Fes. 

48. Cf. Fiche de tribu Ait-Serhrouchene en ce qui concerne la date et les 
khemra. (Arch. D. I.). — E. Destaing, Etude sur le dialecte berbere des Ait- 
Seghrouchene, p. 64, au sujet des Ait-Ouallal et des Ait-Ayyache. 



130 MARCEL LESNE 

pretendent et ne rien devoiler du secret de leur origine, surtout k un 
stranger. Sont-ils des rameaux authentiques d'autres formations tri- 
bales ? A-t-il suffi de l'arrivee de quelques saints personnages plus 
ou moins authentiques, pour qu'un groupement tout entier s'erige, 
sous leur banniere, en descendants du Prophete ? Autant de ques- 
tions auxquelles il demeure difficile de repondre. Nous avons cepen- 
dant examine quelques cas; ils nous font soupconner l'extreme diver- 
site des contacts et des origines, l'histoire tribale apparaissant tou- 
jours tres liee k celle des confreries et des chorfa. 

c) Les apports des autres groupements herberes. 

Les Bni-Amettr, appeles parfois aussi Ait-Amar et que G. Marcy 49 
qualifie € d'arabes plus ou moins berberises » se considerent comme 
etroitement apparentes aux Za'ians. Les premieres enquetes ethnogra- 
phiques effect uees au debut du Protectorat franca is faisaient d'ailleurs 
ressortir cette appartenance des diverges tribus installees au nord 
du Pays Zemmour (Ait-Ali-ou-Lahsene, Kotbiyine, Mzourfa, Khzazna, 
et Hejjama) a la grande confederation zaiane 50 . La tradition orale 
explique ainsi la separation intervenue il y a tres longtemps 51 : 

« Les Ait-Amar, des Za'ians, occupaient autrefois une partie du 
territoire oil se trouvent de nos jours Bni-Hakem et Haouderrane. 
Ils comprenaient les Iazzabene ou transhumants, et les Ait-Nzel ou 
sedentaires. Ces derniers avaient plante leurs tentes sur un terrain 
appcle Feddanc-El-Bcgra, prcs du marabout dc Sidi-Amar, non loin 
de i'Oued Tanouberte. Les Iazzabene transhumaient dans la region 
d'Oulmes occupee maintenant par les A'it-Hattem. En hiver, les 
deux fractions se retrouvaient k Sidi-Amar. Les jeunes gens se li- 
vraient k plusieurs jeux ; ils aimaient en particulier le tibamayine 52 : 
deux camps se formaient sur un terrain de 150 enjambees de long en- 
viron; chaque joueur edifiait avec cinq ou six pierres une murette 
servant de cible ; on tirait ensuite au sort pour savoir qui, le premier, 
ponrrait lancer les pierres afin de d^truire l'ouvrage adverse. A la 
suite d'un malentendu, ne de la malhonnetete d'un joueur, une dis- 
pute s'eleva entre les jeunes gens; les adultes s'y melerent et elle 



49. G. Marcy, Le Droit coutumier Zemmour, p. 4. 

50. Vil. Trib., t. Ill, pp. 212-213 (Rabat et sa region). 

51. Informateur Abdeslam-ben-A..., El-Hakmaoui, Bni Hakem (Ait Baboute), 
1953. 

52. Jeu a rapprocher de celui d^crit par Claverie (Qachhou) dans « Jeux 
berberes », Hespiris, 1928, t. Ill, pp. 401-403. 



LES ZEMMOUR 131 

degenera aussitot en lutte sanglante. De nombreux morts et blesses 
resterent sur le terrain. A la suite de cette bataille, les Iazzabene 
retournerent dans la region d'Oulmes ou ils s'installerent a. demeure : 
ce sont les Ait-Amar d'Oulmes; les A'it-Xzel resterent quelque temps 
sur place, puis prirent la direction du nord et du nord-ouest : ce 
sont les A'it-Amar (ou Bni-Ameur) de la Mamora ». 

De tels disaccords entre fractions d'une meme tribu, separecs 
par des genres de vie differents, ont du se produire maintes fois; les 
poussees d'elements nouvellement arrives et d£sireux de se faire une 
place ne manquent pas d'ailleurs d'acc&erer certains departs ou 
certaines scissions 53 . Les Ait-Amar d'Oulmes demeurent encore de 
nos jours convaincus que les Bni-Ameur de la Mamora leur sont appa- 
renteV*. Les Khzazna (Bni-Ameur) se disent aussi descendants de 
Sidi-Bou-Khezzane-Bou-Zouggouatt dont le tombeau se trouve en 
pays Za'ian 55 . Une tradition tres forte assigne done une origine za'iane 
aux Bni-Ameur; nous verrons plus loin, & la suite de quelles viscissi- 
tudes les Bni-Ameur vinrent s'installer en foret de la Mamora, en 
tete de la Confederation Zemmour 56 . 

Les AU-Ouahi, des Ait-Zekri, se savent issus des Ait-Ouahi ins- 
talls aux environs d'Am-El-Leuh en tribu Bni-Mguild. 

Selon la tradition 57 , trois freres (Larbi, Slimane, Ichchi) et deux 
scaurs auraient quitte les Ait-Ouahi d'Ain-El-Leuh pour des raisons 
personnelles et se seraient incorpores aux Zemmour. Les deux soeurs se 
marierent respectivement avec Iladdou et Mellouk originaires des 
Abda. Ces cinq homines, formant k l'origine une seule famille dont la 
prosper ite" fut tres grande, fonder ent les cinq groupements actuels 
des Ait-Ouahi des Zemmour : les Ailt-Haddou, les A'it-Mellouk, les Ait- 
Ichchi, les Ait-Larbi et les Ait- Slimane. Les Ai- Larbi gardent encore 



53. Le Capitaine Mortier (L'Annexe de Moulay-Bouazza 1915, Arch, D. I.), 
attribue au mouvement de repli vers le nord de la tribu Bni-Hakem (Zemmour), 
coincee entre les Zaer et les Ai't-Sgougou, l'avance des elements ZaTans Ait- 
Amar. Ces derniers vinrent se fixer A Boukhalkhal, au Ment, a Mserser puis & 
Oulmes, « precedes par un autre groupe de Bni-Amar qui est alle s'installer & 
Tifiete, formant actuellement le groupe Bni-Ameur des Zemmour. 

54. Informateur : Hamadi-Ben-Larbi-Derqaoui (tribu Mzourfa), qui a se- 
journe quelques temps a Oulmes, 1949. 

55. Informateur : Mohammed Zelmat-Khzazna, 1950. 

56. Des explications patronymiques diverses — ■ et savantes — ont cours en 
tribu : le terme de Bni-Ameur par exemple viendrait de l'arabe < aammer » 
(emplir), car les Bni-Ameur ont rempli, en avant des tribus Zemmour, le vide 
cause par le depart des Bni-Ahsene. 

57. Inf. Caid Bou-Driss Ben-Chaboune, des Alt Zkri (95 a 100 ans), 1949. 



132 MARCEL LESNE 

des relations de parente avec la famille de leur ancetre, habitant aux 
environs de Safi. 

La legende des cinq foyers originaux vaut sans doute ce que 
vaut ce genre d'explication fonde sur la fecondite des ancetres; 
mais le souvenir d'une parente commune persiste egalement chez 
les Ait-Ouahi d'Ain-El-Lenh ou, selon les anciens, « des Ait-Ouahi 
qui seraient leurs freres font partie de la Confederation des Zem- 
in our » 58 . II y a une dizaine d'annees encore, des Aleves originates des 
Zemmour et poursuivant leurs etudes au College d'Azrou rendaient 
visite a des parents installes depuis tou jours en pays Ait-Ouahi d'Am- 
El-Leuh 59 . Par contre les Ait-Ouahi des Zemmour se defendent d'une 
parente quelconque avec d'autres Ait-Ouahi, en particulier ceux de 
la region d'Oulmes, pourtant plus proches. Au demeurant ce senti- 
ment de parente entre les deux groupes appartenant aux Zemmour et 
aux Bni-Mguild ne se traduit pas par des relations particulieres 60 . 

Les AU-Ouribele 61 , reputes chez les Zemmour, autrefois pour leur 
ardeur guerriere, aujourd'hui pour leur turbulence, se pretendent des- 
cendants de la celeb re tribu des Aoureba qui accueillit Moulay-Idriss 
lors de son arrivee au Maroc, et plus particulierement de la fraction 
a laquelle appartenait Lalla-Kenza, mere d'Idriss II. Aucune legende 
particuliere, aucune explication genealogique quelconque, ne vient 
justifier cette tranquille assurance d'etre Aoureba et de descendre 
de Abd-el-Mjid PAouribi, pere de Lalla-Kenza. Une certaine similitude 
de nom, un attachement tres marque aux ohorfa idrissides contri- 
buent a, renforcer cette croyance profonde, vivifiee par la presence de 
fractions se reclamant elles-memes d'Idriss I er : Ait-Ben-Hammadi., 
Ait-Mejdoub... La legende suivante, alliant Pexplication linguistique 
k l'affirmation d'authenticite circule en fraction Khammouja : 

Moulay-Idriss demanda aux chefs de la tribu de se convertir a. 
l'Islam. Ceux-ci lui repondirent : « Laisse nous d'abord le temps de 



58. Fiche de tribu des Ait-Ouahi, Cercle d'Azrou, Annexe d'Ain-El-Leuh 
(Arch. D.I.)- 

59. Informateur Mohammed-Bel..., Kabliyine (Ait-Bougrine), 1949. 

60. J. Dabencens (Les Ait Abdi du Moyen Atlas... Les Cahiers d'Outre- 
Mer, avril-juin 1951, p. 110) situe en 1905 le depart vers les Zemmour d'une 
fraction Ait-Ouahi des Ait-Abdi. Une date aussi recente eut laisse un souvenir 
plus vif en tribu. Sous Sidi-Mohammed-Ben-Abderrahmane, un ca'id Ouahioui 
fut investi en pays Zemmour. Les Ait-Ouahi des Zemmour semblent s'etre 
incorpores aux Zemmour vers 1850, au moment de l'installation de ces derniers 
sur le plateau de Khmissete. 

61. Informateurs : E..., Mohammed, Khmissete, 1954. Khalifa T,,., des Ai't- 
Ouribele, 1953. 



LES ZEMMOUR 133 

ref lechir ! « Moulay-Idriss les renvoya chez eux en leur disant : « Allez 
reflechir puis revenez ». (En arabe : « Khammou ou jiou » - d'oii kham- 
mouja). C'est ainsi que la tribu s'appela Khammouja des sa conver- 
sion par Moulay Idriss. 

Certains Aoureblis, se rendant compte de 1'impossibilite d'appor- 
ter des preuves k leurs dires, m&me sous forme de contes ou de 16- 
gendes, pr£cisent cependant que la tradition le veut ainsi et qu'elle 
les fait egalement venir de l'Est. 

Les Ijanatene, fraction des Haouderrane, semblent meriter de 
fagon plus sure l'epithete de Zenete; en milieu Haouderrane, ils 
apparaissent un peu a part, comme d'ailleurs les Aiit-Ouribele au re- 
gard des autres tribus 62 . G, Marcy 03 signale 1'origine zenete tres nette 
de cette fraction. Les Ijanatene se pretendent descendants d'un saint 
du Tafilalelt, lieu d'origine de leur groupe, appele Sidi-Jana* 54 . Ibn 
Khaldoun donne, k propos des Zenetes, line explication phon6tique 
s'accordant au nom par ailleurs si caraeteristique de notre fraction : 
« ...il faut savoir que Zanata derive de Djana, nom propre qui designe 
1'ancStre de cette tribu, savoir Djana, fils de Yahya, le meme qui 
figure dans leur genealogie, Or, quand ce peuple veut convertir un 
nom propre en nom generique il lui ajoute un t k la fin; de cette 
facon ils ont forme Djanat; et pour donner a ce nom, qui est au sin- 
gulier, toute la comprehension dont il est susceptible, ils y ajoutent 
un n (signe du pluriel berbere) de sorte qu'il devient Djanaten. Le dj 
de ce mot qui tient le miliu entre le dj et le ch (c'est-a-dire le ;' fran- 
cais) et auquel Porcille pergoit une sorte de sifflement » 65 . 

Les Ait-Ayache, autre fraction des Houderrane, attribuent leur 
appellation au Ari-ou-Ayache, ou jbel Ayachi, montagne du Grand 
Atlas aupres de laquelle ils habitaient autrefois 6 ". Ils se rattachent 
ethniquement, sans ambiguite aucune, it la grande tribu des Ait- 
Ayache qui fit partie autrefois de la Confederation des Ait-Idrassene, 
puis des A'ft-Yafelmane 67 . 

On sait que cette tribu, par suite de sa d^faite a Sidi-Ayad-El- 
Aouli contre les A'it-Izdeg et les Bni-Mguild, puis d'une deportation 



62. Pour un fellah des Ait-Bou-Chlifene par exemple, rencontrer un Ijana- 
tene sur le chemin du souk peut porter malheur. 

63. G. Marcy, Le Droit coutumier Zemmour, p. 4. 

64. Informateur, Ali-Bou-Driss, Ijanatene, 1949. 

65 Ibn Khaldoun, Histoire des Berberes, trad, de Slane, p. 190. 

66. Informateur Mohammed-ou-Said, Haouderrane (Ait-Ayache), 1949. 

67. Notice sur les Ait Morghad, Lt. Lecomte, juin 1930, Capitaine Nomdedeu, 
l'Annexe d'Assoul, 1953 (Arch. D. L) 



134 MARCEL LESNE 

au sud de Fes par Moulay-Slimane, s'est fractionnee en plusieurs ele- 
ments 68 . Les Ait-Ayache des Haouderrane se souviennent tres bien de 
leur parente avec les Ait-Ayache Fassi et ceux des Bni-Mguild ; une 
dispute serait a 1'origine de leur depart. Nous verrons plus loin qu'ils 
n'ont pas oublie les lieux successifs par lesquels ils sont passes. lis 
n'entretiennent actuellement aucun rapport avec leurs freres de race. 

Les Kabliyine ne peuvent fournir aucune explication sur leur 
origine. Ils gardent le souvenir tres net et tres repandu parmi leurs 
fractions, d'etre venus du « Sahara », c'est-a-dire du Tafilalet : 
chasses par la famine ou par la guerre ils auraient quitte' cette region 
pour aboutir dans le pays de Khmissete apres un long cheminement 
qui dura plusieurs generations 68 . On raconte egalement que sous Mou- 
lay- Hassan, un certain nombre de guerriers Kabliyine, participant a 
la harka levee contre les tribus du Tafilalelt, furent accueillis et 
h6berges par leurs freres de race rested dans la region 70 . Au d6but du 
Protectorat francais, des emissaires partis du Tafilalelt, alors non 
soumis, seraient meme venus proposer a certains de leur parents Ka- 
bliyine des partages relatifs a des terrains possedes en commun : 
les anciens proprietaires refuserent alors de faire acte de propriety 
de crainte de voir leur tribu refoulee au Tafilalelt. Beaucoup de Ka- 
bliyine pretendent aussi que piesque tous les noms de leurs fractions 
se retrouvent aux environs de Sidi-Bou-Yacoub, dans le Haut RMris ; 
M. Fresneau^ etablit meme, dans une monographie, un tableau com- 
parant les noms de fractions Ait- You b (Ait Merrhad) et ceux des 
douars A'it-Qessou (Kabliyine) ; cette communaute de nom ne cons- 
titue pas une preuve, mais elle n'est pas passee inapercue des Kabliyine 
qui pensent ainsi localiser leur lieu d'origine. Convaincus de venir 
du sud, les Kabliyine restent cependant tres troubles par leur nom. 
Aqebli (pi. Iqebliyine) signifte couramment personne du Sud, saha- 
rien, au teint noir. Or les Kabliyine des Zemmour sont blancs. 

Mais ce qui trouble nos Kabliyine trouve une explication dans 



68. Notice sur les Ait-Ayache, anonyme, non datee, (Arch, D. I.). 

— Note sur les Aft-Ayache, Laize, Officier interprete, 1917. (Arch. D. I.) 

— A. Le Chatelier, Notes sur les villes et tribus du Maroc en 1890, t. I, 
Paris, 1902, p. 61. 

— Ras Moulouya, par Bouvehot, chef de bataillon, 1919 (Arch. D. I.). — 
Notice sur la banlieu de Fes, Capitaine Tarrit, 1913 (Arch. D.I.) 

69. Fresneau, Contribution a une monographie de tribu :les Qabliyine 
(Arch, D.I.), et informateurs cites ci-dessous, 

70. Inf. B..., Mohanxed; fraction Ait-Yacoub, douar Ait-Cherki Houcine-S... ; 
fraction Ait-Bougrinc, douar Ait-Ouahi B... -Omar; fraction Ai't-Bouziane, douar 
Ai't-Abdallah Mohammed-Bel.,.; fraction A'it-Bougrine, douar Ahmed-ou-Said. 



LES ZBMMOUB 135 

le Sud. E. Laoust 71 £tudiant les populations du Sud, decrit longue- 
ment les iqebliyine, c'est-a-dire les gens du Sud par excellence, les 
sahariens, les metis de blancs et de noirs, fix£s depuis des siecles dans 
le sud, constituant une scrte d'humanite inferieure (Touati-Filali- 
Draoui) et dont le domaine comporte tout ce qui touche a la terre et 
a. 1'eau. II ajoute cependant : « A un degr6 moindre de m6pris social, 
vivent a leur c6te" des Qebbala Imellalen, c'est-a-dire « Qebbala blancs » 
d'origine et de caracteres ethniques tres differents, il est vrai. Les 
hommes sees et robustes ne se distinguent guere des Imazirhene dont 
ils portent d'ailleurs le costume... On les considere comme les popu- 
lations les plus anciennes fixers au pays, r^parties dans les hautes 
valines des deux versants du Haut Atlas, que les invasions ont sub- 
merges sans les an6antir ». Visitant le pays en 1884, de Foucauld 72 
avait d6j& constats la presence de ces qebbala dans le district du Gers ; 
frappe" des afflnites raciales de ces populations avec leurs domina- 
teurs, il attribue au mot qebbala une signification uniquement sociale : 
« C'est en approcbant de 1'Oued Ziz que j'ai entendu ce nom pour la 
premiere fois. II est employe" sur tout le cours du Ziz et dans le bassin 
sup6rieur de la Moulouya. II ne designe point une race, mais l'6tat 
d'une partie de la population. Une portion des Imazirhene s£den- 
taires de cette contr6e a et6 r§duite par des tribus voi sines a l'6tat 
de tributaires : ce sont ces tributaires qu'on appelle qebbala. Ils sont 
presque tous chellaha, de m6me race par consequent et de m£me cou- 
leur que la plupart de leurs dominateurs. Par extension, on designe 
quelquefois sous le nom de Qebbala, des Chellaha sedentaires m6me 
independents, lorsque ces chellaha vivent isolfe, sans aucun lien avec 
personne. Ainsi les chellaha du Gheris et de quelques autres oasis, 
sont souvent dits Qebbala, bien que libres ». Le lieutenant Lecomte 73 
voit dans les populations « Ikeblyn Imellalen » des Hots de peuple- 
ments appartenant j\ la race des plus anciens habitants du Haut- Atlas, 
groupes d-individus s&lentarises dans les vallees, ayant r^siste aux in- 
vasions ulterieures d'autres races, et pour lesquels l'attachement au 
sol fut plus fort que les liens du groupe ethnique. « Les gens installes 
au d£but de notre ere, ecrit-il, sont appeMs par les berberes « Ikeblyn 
Imellalen », c'est-a-dire litte>alement « les strangers a la tribu (Keb- 
bala) blancs », par opposition aux kebbalas noirs ». La tradition, 
l'examen linguistique des noms, le raisonnement, conduisent le Lieu- 



71. E. Laoust, L'habitation chez les transhumants du Maroc Central, Hes- 
peris, VI, 1935, p. 253. 

72. De Foucauld, Reconnaissance du Maroc, Paris, 1888, p. 349. 

73. Lieutenant Lecomte, Les Alt-Morghad, 1930. (Arch. D.I.). 



136 MARCEL LESNB 

tenant Lecomte k classer les « Iguerrouan », les « Izerouan » les « Ime- 
louan », tribus actuellement disperses dans le Maroc mais dont on 
retrouve les traces nn pen partout dans le Sud, parmi les « Ikeblyn 
Imellalen ». Oes populations anciennes auraient 6t6 assimilees par 
les premiers envahisseurs sanhajas au moment ou ces derniers se 
sont installed dans le pays, avant d'etre submerges par les nomades 
ZSnetes. « Ce sont eux qui, en arrivant, trouvant des habitants stran- 
gers a, leur race, les appelerent les « etrangers k la tribu ». 

La tradition d'une origine saharienne, l'appellation de Kabliyine, 
un certain souci de souligner la dart6 de leur teint, le particularisme 
de cette puissante tribu Zemmour, permettent d'avancer l'hypothese 
d'une parents de nos Kabliyine avec les « Ikeblyn Imelladen » du Sud. 
Des exemples nombreux la rendent vraisemblable. Les Guerouane, 
installed au S. O. de Meknes, voisins immediats des Kabliyine, sont 
issus de l'ancienne tribu Iguerrouane, composee d' « Ikeblin Immella- 
len », qui occupa au x* siecle, les regions du Regg et du Tafilalelt, puis 
le Haut Ziz et le Haut Guir; avant l'arrivee des Francais, les rela- 
tions entre les 116ts restants et le gros de la tribu Staient d'ailleurs 
frSquentes. Des Imelouane, qui ont laissS des traces dans le bassin 
du Rheris et du Todrha en Moulouya, Jcsour « d'6trangers blancs » 
au milieu des autres populations, se trouvent actuellement au nord de 
Meknes. II n'est done pas interdit de penser que les Kabliyine des 
Zemmour sont issus de ces populations anciennes du Sud. 

D'autres Ikeblyn, les plus sSdentarises sans doute, ont fait autre- 
fois acte de soumission aupres de certaines fractions des tribus en- 
vahissant le pays; ils ont ainsi acquis droit de cite" et ont pu rester 
sur le sol qu'ils pr&feraient au lien tribal. C'est ainsi par exemple que 
les « Ikeblyn », s'etant soumis autrefois a differentes fractions A'it- 
Morrhad, representent maintenant la plupart de celles-ci; ils sont 
devenus A'it-Youb 74 , A'it-Ameur ou Gouha'i, A'it-Irbiben..., etc. 75 . La 
plupart des Studes sur les tribus de la region mentionnent Texistence 
« d'Strangers blancs » s'incorporant ainsi dans les groupement nou- 
veaux 76 . La persistance de leur appellation fait penser que les Kablyine 
des Zemmour Staient k l'origine nn noyau moins sSdentaire « d'etran- 
gers blancs » qui, par force ou par inclinaison, a quitte le territoire 

74. Fraction ou une similitude tres grande de noms de sous-fractions avec 
ceux de douars Kabliyine avait £te relevee par Fresneau. 

75. Fiche de tribu des Ai't-Morrhad d'lfferh, Annexe de Tin jdad. (Arch. D.I.). 

76. Fiche de tribu des Ait-Haddidou, Lt de Kerautem. Fiches des tribus du 
Bureau de Rich, Capitaine Gervaisy. Fiches des tribus de la circonscription de 
Goulmima, Capitaine Ruepf et Capitaine Jouandon. Fiches des tribus de Bou- 
denib, Capitaine Le Corbeiller. (Arch. D. I.) 



LBS ZEMMOTJR 137 

de ses ancdtres et a garde dans son nom la trace de son origine parti- 
culiere 77 . 

Un autre fait rend cette hypothese plus vraisemblable encore. 
La tradition locale, rapporte le Lieutenant Lecomte a propos de cer- 
tains groupements « Ikeblyn Immellalen » dans le Sud marocain, 
raconte « que les Izekkalen, les Ait-Snan, les Igheddouan constituent 
la descendance d'une chretienne appeiee « Taouai'bt ». Cette consta- 
tation conduit l'auteur a etudier les traces du judaisme ou du chris- 
tianisme qui auraient impregn^ ees anciens occupants du sud avant 
lour islamination, et a citer la legende, conservfe en tribu A'it-Murrhad, 
qui montre bien le mepris garde par ces derniers pour les premiers s6- 
dentaires, longtemps Chretiens ou juifs : « Chacun a un aneStre, un 
jed. Choi-fa, berabers en ont un, m£me les kebala noirs dont Panc6tre 
est Sidi Blal. Mais les kebala blancs n'ont pour ancdtre qu'un 
ane ». N'est-il pas curieux de constate r que les Kabliyine se font sou- 
vent appeler « araou-n-troumite » (enfants de la chretienne) par les 
autres tribus Zemmour ? 

d) EMreme diversite des compomntes cthniques. 

Beaucoup de tribus et de fractions Zemmour ont conscience d'une 
origine particuliere. A en croire les traditions rapportees a. propos 
de quelques cas particuliers, la Confederation des Zemmour a regu 
en son sein des elements appartenant aux grandes confederations po- 
litiques berberes : aux Alt-Ou-Malou (par les Bni-Ameur ou Zaians), 
aux Art-Id rassene (par les A'it-Ayache). Ordinairement classes parmi 
les Berberes Sanhaja, les Zemmour comptent aussi des groupements 
Zeneles, k tel point que certains Zemmouris affirment que la majorite 
des tribus est d'origine Zenete 78 . Personne ne trouve 6trange qu'une 
tribu s'authentifie aux Berberes Brands Aoureba, qu'une fraction se 
proclame d'origine Zenete. II n'est pas exclu non plus de voir dans 
la tribu des Kabliyine des descendants plus ou moins directs de popu- 
lations instaliees dans les regions du sud anterieurement aux pre- 
mieres invasions des Sanhaja. La presence de groupements pretendus 
chorfa ajoute encore a la diversite des apports exterieurs. 

Les Zemmour reunissent en fait des repr6sentants des grands 

77. Signalons a titre d'exemple de permanence patronymique, qu'une frac- 
tion « Iqebline » existe dans les Marmoucha ; ellc serait issue d'un fqih Zem- 
mouri de nom inconnu, qui serait venu se fixer dans Les Marmoucha (Fiche des 
tribus des Marmoucha, Arch. D. I.) 

78. Caid Bou-Driss Ben-Chaboun des Ait-Zekri, 1949. 



138 MARCEL LESNE 

groupements ethniques traditionnels et ne sauraient pr^tendre & la 
purete" de leur race. Trop de groupes se rdclament d'une origine dtran- 
gere ou sont vraiment venus d'ailleurs pour que cette pretention puisse 
dtre formulae par eux. 



1) Les petits groupes sooiaux 

Le mdme particularisme se retrouve aussi marqud au niveau des 
groupes sociaux plus restreints (douar, famille), Chacun s'ingdnie h 
mettre en relief une origine particuliere et nettement distincte. 

Les Ait-Talha par exemple, de la tribu des A'it-Abbou, tirent leur 
nom de Ali-Ben-Talha, garde de la suite d'un Sultan (dont on ne se 
souvient plus d'ailleurs), qui ddserta son camp et s'installa en tribu 
Ait-Abbou; il jouissait d'une estime particuliere et sa situation so- 
ciale dtait presque celle d'un chdrif ; il recut beaucoup de dons, devint 
prospere et dlargit sa clientele qui forma ainsi la sous-fraction des 
A'it-Talha 79 . 

Les habitants du douar Ait-Ben-Chdrif, fraction des Ait-Ahmed- 
ou-Yacoub, tribu Kabliyine, invoquent la 16gende suivante : 

« Nous somraes les descendants d'un homme qui vivait misdra- 
bleraent au milieu d'un douar qui le mdprisait. II ne possddait qu'une 
pauvre petite tente et un peu de bid dans une peau de mouton cousue. 
Un jour, un chdrif vint k passer et demanda en vain l'hospitalitd aux 
gens du douar. Notre pere, seul, Pinvita chez lui; sa fcmme moulait 
le bl6 pour le repas ; le chdrif s'approcha et se mit & trier les grains. 
La femme s'apercut Men tot que le tas de farine augmentait alors que 
la quantitd de bid restart constante. Elle remit le bid dans le sac 
et se mit a preparer le couscous. Le voyageur ordonna qu'on en prd- 
par&t beaucoup et qu'on invitat tous ceux du douar. Ces derniers 
se moqudrent de l'offre, hdsiterent, puis finirent par accepter. lis fu- 
rent rassasids de couscous et de mechoui. Le chdrif ne dit pas un mot 
et durant la veillee s'occupa k preparer des attaches de toutes sortes; 
il les donna a son hote et lui conseilla d'acheter ddsormais tous les 
animaux qu'on viendrait lui presenter sans s'inqui6ter du prix. Le 
lendemain, une troupe de chameliers arriva devant la tente et demanda 
a notre ancdtre d'acheter les animaux. II accepta, bien que n'ayant 
pas l'argent ndcessaire, et les invita a passer la nuit sous sa tente. 



79. Informateur : Haddou-Bel-H,„, tribu Ait-Abbou. Fraction Ait-Talha, 
1951. 



LES ZEMMOUR 139 

A l'aube, tout le monde avait disparu, mais les chameaux etaient 
rest^s. Ainsi, chaque jour, il recevait des troupeaux de moutons, de 
chores, de bceufs et en une semaine devint 1'homme le plus riche du 
douar. Le eherif lui accorda, en plus, la baraka ; on suivait 
desormais ses conseils, on le considerait comme la personne la plus 
importante du douar et meme de toute la fraction. II eut des enfants 
qui devinrent aussi tres riches et fonderent un douar, sous le nom 
d'Ait-Ben-Cherif, Notre groupement a toujours ete le plus riche, le 
plus important, le mieux considere. On y choisissait des ca'ids, des 
chioukh, des membres de la jemaa. Depuis l'arrivee des Francais, 
six ca'ids du m£me douar se sont succede\ Le caid Benaissa en 
est le dernier » 80 . 



2) Les individus 

L'origine individuelle de ceux qui se sont integres aux tribus 
Zemmour ne tombe pas dans l'oubli. Tres souvent des Doukkala, Abda, 
Chaou'ia, obliges de quitter le bled Makhzen, pour fuir les exactions 
de leur cai'd, se cacher k la suite d'un crime commis, echapper k une 
vengeance, se refugiaient chez les Zemmour. Des Zemmouris eux- 
memes ehangeaient parfois de clan, surtout k la suite d'un mefait 
ou de represailles causees par le crime d'un parent. 

lis arrivaient generalement seuls, avec ou sans bagages se ren- 
daient aupres d'un chef de tente ais6, se placaient sous son mezrag 
(protection) en lui offrant un mouton en sacrifice (debiha) et obte- 
naient ainsi le droit de vivre en pays Zemmour. Leur protecteur les 
employait alors comme hergers ou comme khammes. Beaucoup d'etran- 
gers ont reussi k se faire une situation materielle prospere. Certains, 
par contrat d'amazzal 81 operent avec une fille berbere une sorte de 
mariage inferieur, ou ils sont en realite des associes remuneres par 
Toctroi d'une compagne et d'une part determinee des recoltes, moyen- 
nant des prestations de travail; au bout d'un certain delai, fixe k 
l'avance et generalement inferieur k dix ans, ils peuvent devenir 
veritablement chefs de foyer et obtenir ainsi droit de cite\ D'autres 
campent sur des terres mortes, avec l'accord des riverains, et les vivi- 
fient; parfois ils reussissent meme a acheter les parcelles et a s'ins- 



80. Informateur : L...-Mohammed, tribu Kablyine, fraction AH-Ahmed-ou- 
YaCOub, 1950. 

81. G. Mahcy, Le Droit coutumier Zemmour, pp. 38 et 39, 268 et 269. 



140 MARCEL LESNE 

taller 82 . Lors des mouvements de fractions ou des departs collectifs 
beaucoup de families restent sur place et finissent par s'int^grer a 
la nouvelle fraction occupante, La region de Dayet-er-Roumi, an 
cceur du pays Zemmour, offre un exemple tres net de ce ph6nom£ne 83 ; 
lea terres appartenaient a Porigine aux ATt-Belkassem qui s'en des- 
saisirent peu a pen, a la suite d'une p^riode de famine et surtout par 
suite d'un deplacement de la tribu vers l'ouest. D£ja au milieu d'eux 
se trouvaient des propri^taires d'origine £trangeres, venus s'installer 
depuis tres longtemps et considered a la longue comme membres de 
la tribu. Peu a peu des Ijanatene et des A'it-Izzi (Haouderrane) ayant 
achete petit a petit une giande partie des terrains, finirent par englo- 
ber des families Ait-Belkassem qui n'avaient pas vendu, ou meme 
certains fellahs A'it-Ouahi (A'it Zekri) ayant eux anssi achete aux Ait- 
Belkassem. 11 s'ensuivit une extreme imbrication des propri£t&s dans 
une region peu k peu grignotee par d'autres tribus. Ainsi changent 
d'6tiquette tribale, apr&s de longues ann6es d'appartenance nominale 
k un autre groupe ethnique, un certain nombre de families attaches 
au sol. 

Des esclaves 6galement pen6traient en pays Zemmour, amends par 
des Cherarda ou des Hasnaouis s'ils avaient 6t6 achet^s a F6s ou a 
Mekn6s, par des Chaou'ia ou des Doukkala s'ils provenaient de Marra- 
kech ou du Sud; certains finissaient par £tre affranchis par leur 
maitre, apres criee sur le souk : « il n'y a de Dieu que Dieu et Moham- 
med est son Prophete; l'esclave de un tel est devenu le fils de un tel » 84 . 
Said-el-Abd (Said l'esclave) par exemple, vole" tout petit dans les 
Doukkala, est arriv6 dans les Ijanatene sous Moulay-Abderrahmane, 
ou il fut achete" par le cheik Kessou-Ould-El-Haj et adopts ensuite par 
son maitre. 

Tous ces strangers ne se fondaient pas imm6diatement dans 
leur nouvelle communaute, surtout s'ils n'6taient pas Imazirhene; 
leur situation morale mettait longtemps a devenir satisfaisante. « Ad- 
mis dans la jemaa au bout d'un certain temps, ils y conservaient 
le silence par d6fe>ence naturelle pour les Imazirhene. Mais ils avaient 
quelquefois voix consultative dans les d£bats. Des generations ont pu 
se succMer et leur deVouement s'affermir en maints barouds, 
les 6gards que l'on a pour eux sont semblables k ceux que 1'on montre 



82. Beaucoup de Doukkala occupaient des terres au Bled Msellette (Tribu 
Ait-Belkassem), dont la propriete etait contestee entre differentes fractions, 
juste avant le Protectorat. 

83. P.V. de la reunion du Conseil de Tutelle des Collectivites a Dayete-er- 
Boumi, mai 1925, Archives du Service des Collectivites, Babat. 



LES ZEMMOUR 141 

aux autres membres de la cite, et cependant on n'oublie pas leur 
origine » ecrivait G. Klein en 1919 84 . A cette epoque par exemple, le 
caid Hamida des Ait-Ali-ou-Lahsene jouissait d'nne situation mat£- 
rielle et morale preponderante, mais chacun savait que son pere El- 
3Iati venait des Chaou'ia et avait ete engage comme berger par le 
Zemmouri Arnor-Ould-Za'iani (tils de la Zaiane), qui donna sa soeur 
en mariage k son client cliaoui. Le eaiid etait doublement Stranger par 
son pere et par sa mere. Les exemples d'assimilations d'etrangers 
abondent dans tous les douars ou fractions et le nom patronymique 
garde la trace de leur origine. Certains chefs Zemmouris, dont les 
fonctions permettent de porter des jugements d'ensemble, n'h&utent 
pas a affirmer que les Zemmour comprennent une tres forte pro- 
portion d'etrangers 83 . 

Depuis la Confederation jusqu'au douar, des groupes ou des indi- 
vidus sont strangers ou revendiquent une origine particuliere. En 
penetrant parmi la complexity des different® groupes sociaux, on 
reste surpris par une apparente contradiction, qui constitue cepen- 
dant la regie en matiere d'organisation tribale : la conviction d'avoir 
une origine particuliere jointe k la conscience d'appartenir a un 
groupement plus vaste ; « Lil ou il y a des l£gendes g6n6alogiques 
pour expliquer l'enseinble, ecrit J. Berque 86 , deux systemes coexis- 
tent, sans apparemment gener le citoyen. Simultan6ment il professe 
le rattachement k l'ancetre general, et l'ascendance differente assi- 
gnee par la tradition a sa famille. II invoque, selon l'occasion 1'une 
ou l'autre lignee. De fait, la plupart des tribus agregent des elements 
venus de tous les horizons, et en tout cas venus « d'ailleurs ». Cette 
contradiction entre la personnalil6 collective et l'origine des cellules 
qui la composent est veritablement une loi du genre ». 

L'^tude de quelques cas concrets nous a permis de soupeonner 
l'extrfeme diversity des composantes ethniques des populations Zem- 
mour. II ne saurait etre question de relier aux fractions ou aux 
tribus 6trangeres les groupements Zemmour qui en portent le nom; 
les interesses eux-memes s'en dependent; les Ait-Ouahi des Zemmour 
par exemple se reconnaissent parents de ceux des Bni-Mguild mais au- 
cunement de ceux d'Oulmes ou des Alt-Mezrj (Ait Morrhad) ; de meme 
Ait-Oumnassef des Kabliyine et Ait-Oumnassef desHaouderrane s'igno- 
rent absolument et repoussent toute idee de lien. De nombreux cas de 



84. G. Klein, etude inedite, 1919. 

85. Un quart selon le caid Bou-Driss-Ben-Chaboune, des Ait-Zekri, 1949. 

86. J, Berque, Qu'est-ce qu'uue tribu Nord-Afrlcaine ? in Euentail de I'his- 
toire vivante, pp. 264-265. 



142 MARCEL, LESNE 

similitude patronymique pourraient etre cites; aussi bien, comme 
l'a dit E. F. Gautier 87 « on trouve n'importe ou, n'importe quel nom 
de tribu ». La fiction genealogique n'eclaire rien; Pexplication histo- 
rique peut parattre insuffisante; « l'hypo these qui peuple le pays de 
groupes p^regrinants, vertigineusement mobiles et vagabonds, ma is 
obstines k garder leur etat-civil est k peine plus satisfaisante que celle 
qui invoque Pa'ieul fecond k la progeniture dissemin^e » ecrit J. Ber- 
que 88 . Et il ajoute : « La. ou la tradition indigene voit uue g6n6tique 
k enjambements geographiques, et la recherche moderne la r6sultante 
complexe de depla cements du passe, on pourrait etre tente de voir 
seulement le jeu de mutations verbales », Mais les Zemmour viennent 
de tres loin et la fiuidite des formations sociales n'interdit pas d'accep- 
ter Padjonction d'61ements strangers plus ou moins importants; le 
lent mouvement des Zemmour vers le N.O. du Maroc et leur histoire 
mouvement6e ont certainement favoris6 les apports exterieurs, ainsi 
que nous le verrons plus loin. La multiplicity des « emblemes ono- 
mastiques » 88 traduit la multiplicite des contacts et des melanges; 
peut-on imaginer d'ailleurs une recherche ou un choix arbitraires des 
appellations ? Un fait, une parents fictive ou reelle, une origine, un 
souvenir motivent 1'emploi d'un signe patronymique special; mais 
les groupements se dispersent, grossissent, se scindent et le nom 
reparait ailleurs, aussi souvent decerne par les autres que d&ibere- 
ment voulu tel; ainsi Pembleme ne reste plus le pavilion authentique 
du contenu social qu'il symbolise. 

III. — Les particularismes interdisent tout groupement 

POLITIQUE DURABLE 

Les tribus n'ont pas la cohesion, Punite solide qui caracterisent 
la famille berbere traditionnelle : « Tagregation de families qu'on 
designe sous le nom de tribu, 6crivent A. Bernard et M. Lacroix so , 
peut etre consideree comme Punite politique, c'est&dire comme respon- 
sable des actes exterieurs des membres de la collectivite vis -El-vis des 
agglomerations voisines. La tribu sera Punite politique des indigenes, 
comme la famille est Punite sociale ». La confederation ne peut, entre 
ces ensembles dej& tres het6rogenes, que maintenir des liens assez 

87. E. F. Gautier, Le passe de FAfrique du Nord, 1942, p. 358. 

88. J. Bebque, ibid. 

89. La formule est de J. Berque 

90. A. Bernard ct M. Lacroix, L'evotution du nomadisme en Algerie, Alger, 
1916, p. 297. 



LES ZEMMOUR 143 

laches, apparaissant en cas de dangers exterieurs, mais n'excluant 
nullement des clans rivaux k Pinterieur ineme du cadre qu'elle offre. 
Un fonctionnaire bien place pour sentir les effets du particularisme 
tribal en pays Zemmour 91 , a pu ecrire, en preface k une etude sur le 
droit coutumier Zemmour, ces lignes en contradiction avec la v6rit6 
historique, mais traduisant bien la diversity et Pindividualisme des 
populations Zemmour : « Kous croyons devoir pr^venir des l'abord que 
nous n'employons ce terme de confederation que pour faciliter la desi- 
gnation d'ensemble des diverses tribus dont nous entendons etudier 
le domaine judiciaire. Car en fait leur reunion n'a 6te obtenue qu'arti- 
ficiellement k la faveur d'un decoupage administratif de l'Empire 
ch^rinen qui a suivi les operations de pacification ;> 92 . Les contacts 
journaliers avec les d^positaires des coutumes et traditions tribales 
que sont les membres des tribunaux coutumiers, pendant de nom- 
breuses ann^es, n'ont pas permis a. Fauteur de ces lignes de sentir un 
lien entre les tribus, ni de determiner Fentite de la confederation : 
« il est diificilement admissible, ajoute-t-il, pour quiconque a pu mesu- 
rer le gout des Zemmour pour Findependance, que plusieurs tribus 
aient accepte de se soumettre a un chef commun ». Ici encore, Fhis- 
toire contredit cette affirmation : nous la retenons surtout parce 
qu'elle traduit le sentiment de diversite que ressent tout observateur 
en contact avec la Confederation Zemmour. Deja, de Segonzac avait 
remarque la nature pulverulente des grands ensembles berberes : « je 
n'ai rencontre, ecrit-il, aucun Berbri capable d'enumerer les fractions 
de sa tribu ; a plus forte raison les braber ignorent-ils leurs voisins » B3 . 
Des liens existent cependant entre les tribus, mais ils offrent des 
caracteres tres speriaux. 



1) Les alliances entre tribus restent impregnees de particularisme. 

L'examen des relations reciproques entre les diverses tribus de 
la Confederation Zemmour ne fait que mettre en relief leur individua- 
lisme, aingi que Pextreme fluidite de ces groupements politique^, « Les 
tribus sont d'humeur independante, ecrit fort justement E. Aubin 94 , 

91. Considerations sur les tribunaux coutumiers dans la Confederation 
des tribus berberes Zemmour, C.H.E.A.M., 1952, 

92. Seuls les Ait-Amar d'Oulmes ont ete ainsi rattachds artificiellemcnt 
aux Zemmour; ils ne sont pas etudies ici, pour cette raison d'ailleurs. Le ratta- 
chement des Bni-Ameur aux Zemmour s'est opere avant I'arrivee des Fran^ais. 

83. De Segonzac, Voyages au Maroc, Paris, 1903, p. 291. 
94. E. Aubin, Le Maroc d'aujourd'hui, Paris, 1904, p. 109. 



144 MARCEL LESNE 

aussi bien entre elles que vis-a-vis du Makhzen ; si elles se rapproclient 
les unes des autres, c'est par de simples ententes locales, et il est tres 
rare qu'un inte'ret collectif en rassemble un certain nombre ». 

a) La tata. 

En pays Zemmour, comme dans la plupart des tribus berberes du 
Mavoc Central, existent des alliances intertribales a caractere magico- 
religieux, appelees pactes de tata ou tada 85 , qui se concluaient k l'ori- 
gine par le procede symbolique de la colactation. G. Marcy a consacre 
des pages definitives aux pactes de tata, destines essentiellemeul k 
reorder des liens ethniques artiflciels entre des groupes sociaux, ])ar 
imitation magique du phenomene de la parente maternelle. Les pactes 
anciens, scelles par la ceremonie du lait {couscous arrose du lait de 
femmes et mange en eommun, eckange d'enfants au sein maternel pen- 
dant la dui'^e de la ceremonie) consacrent une fraternite totale, concre- 
tised par un nombre different de cojureurs lors de la prestation de 
serments judiciaires collectifs. Ceux conclus apres la ceremonie des 
babouches (babouches des membres de chaque fraction reunies en deux 
tas differents, puis sorties une a une simultan6ment de fagon a lier 
entre eux les deux proprietaires) apparaissent moins marques du 
caractere sacre qui entoure, au demeurant, tous les pactes de tata; 
ils s'apparentent plutot a une sorte de mezrag collectif (protection) 
et constituent une forme attenuee du pacte original de colactation. 

Pactes de non-agression et d'amitie reciproque, les tatas creent, 
protegees par le caractere sacre de 1'engagement, des zones protegees 
ou les fractions alliees ne courent aucun risque. Le souci du bon voisi- 
nage, le desir d'etre assure de la securite des troupeaux envoyes sou- 
vent tres loins des terrains de culture ou le gros de la tribu prerere 
i*ester, Pinteret tout personnel de trouver chez la tribu voisine un 
repondant en cas de prestation de serment, un ami ou un conseiller 
pour toutes les affaires de vol ou les litiges de voisinage, un refuge en 
cas de malheur, ont assure a la coutume du tata une vigueur excep- 
tionnelle. 



95. Au sujet de la tata, voir : 

— La tata, Capitaine Coursimault, A. B„ vol. 2, Paris, 1917, pp. 261-264. 

— G. Marcy, L'allianee par colactation chez les Berberes du Maroc Central 
Actes du II" Congres... 1936, E. 112, pp. 957-973. 

— E. Westermark, Cdrimonies du mariage au Maroc, Paris, 1921, p. 54-55. 

— Capitaine Spillmann, Les Ait Atta dtt Sahara et la pacification du Haul 
Dra, Rabat, 1936, pp. 50-52. 

— SimnON, Esquisse de Droit coutumier Berbire Marocain, Rabat, 1936, 
pp. 124-126. 



LES ZEMMOUR 145 

Mais ces pactes sont uniquement bilateraux; la tata entre une 
meme fraction et deux autres fractions n'entraine aucune obligation 
entre ces dernieres. Ces alliances ne peuvent done f ederer nn ensemble 
de groupes soeiaux car chacun d'eux ne s'inquiete que de ses alliances 
personnelles. Les tribus s'allient parfois par la tata avec des tribus 
ou fractions voisines, etrangeres a la confederation, lorsque leurs inte- 
rets vitaux 1'exigent; tout autour de la Confederation Zemmour se 
creent ainsi des liens intertribaux nioins frequents qu'a rinterieur, 
mais assez nombreux. Les Kabliyine par exemple, outre leurs alliances 
avec les A'it-Ouribele, les Ait-Yadine et quelques fractions Haouder- 
raen, ont conclu des pactes de tata avec les Oueld-Alouane des Sehoul, 
ou les Maasa des Bni-Ahsene 96 . Parfois meme des fractions d'une 
meme tribu se lient entre elles par de tels pactes, comme si la cohabi- 
tation au sein d'une meme tribu avait besoin d'etre protegee par des 
liens speciaux; les fractions Ait-Ichcho et Ait-Ahmed-ou-Yacoub d'une 
part, les Ait-Hammou-Srhir et les Ait-Kessou d'autre part, toutes 
quatre des Kabliyine, ont ainsi etabli leurs rapports sur des bases a 
caractere sacre. Be par la nature meme des engagements visant a creer 
une neutrality bienveillante, eviter tout ce qui pourrait blesser un lien 
sacred assurer le respect des personnes et des biens, les pactes de tata 
constituent moins des elements fM6rateurs, que l'expression d ? un par- 
ticularisme vivace et expansif, desireux de se reserver des zones sans 
embuches. Leur multiplicite a Pinterieui de la confederation et leur 
existence au sein d'une meme tribu, montrent que les interets locaux 
et les particularismes ne s'accommodent que des seuls liens politiques 
que Pon reconnait habituellement a. la confederation ou a la tribu. 

b) Les alliances guerrieres. 

Les alliances guerrieres, essentiellement temporaires, gardent 
l'empreinte du meme particularisme. « Lorsqu'une fraction engagee 
desire contracter une alliance, elle enverra les plus anciens de sa 
jemad trouver la fraction reeherehee, a laquelle des dehibas (sacrifices 
de moutons) sont offertes. Si les propositions sont acceptees, un bur- 
nous est remis aux d£16gu£s qui l'emportent en gage de l'alliance 
conclue. La meme ceremonie recommence dans toutes les tribus dont 
on sollicite le concours. Puis une assemblee generate des notables 
a lieu; des imagharene (chefs de guerre) sont nomm^s pour diriger 



96. Cf. M. Lesne, Evolution d'un groupement berbere : les Zemmour, Rabat, 
Ecole du Livre, 1959, pp. 58-69, ou Ton trouvera une etude complete du reseau 
des tatas en pays Zemmour. 



10 



146 MARCEL LESNE 

Fensemble des operations, le plus ancien recoit en d^pot tons les 
burnous remis par les tribus entries dans le reseau d'alliances. L'hon- 
neur de chacune d'elles est ainsi engage^ et une trahison individuelle 
entraine la fletrissure de toute la fraction > w . La ligue guerriere ainsi 
cr6ee se constitue par des pactes bilateraux entre la fraction ou la 
tribu demanderesse et les fractions ou tribus qui eonsentent a. lui 
apporter leur aide; elle disparait avec le conflit qui l'a cr6ee; sa 
r&ipparition en cas de nouveau conflit n'est pas automatique. 

Des tr§ves peuvent aussi survenir entre tribus en guerre, surtout 
a l'epoque des moissons : « A cet effet, chacune des jemads choisit 
dans le camp adverse un notable qui assumera la charge de garant 
contre tout acte hostile de ses freres (moul el mezrag) 98 ». Ici encore, 
represents par son garant, le groupement social intervient directement 
et de facon particuliere dans la conclusion d'une treve qui peut certes 
int6resser plusieurs autres fractions ou tribus r6unies en ligue tem- 
poraire, mais se traite toujours de groupement a groupement. 



* 



Les necessity de la vie quotidienne aboutissent a la creation de 
zones amies et sacrees; la guerre impose des alliances entre differents 
groupements; la trSve intervenant entre les combats se personnifie 
par la nomination d'un moul el mezrag, mais les obligations ou les 
liens ainsi crG6s restent toujours bilateraux, bien que reussissant a 
embrasser des ensembles. Rien ne peut mieux illustrer les particula- 
rismes inte>ieurs de la Confederation Zemmour. 



2) Les groupements politique-? internes determinent 
des ensembles aux contours variables. 



A l'interieur de la confederation, les groupements s'ordonnent en 
masses dlmportance variable selon les Spoques. A la suite d'un disac- 
cord, par interet. par crainte, par affinity, des fractions plus ou moins 
importantes quittent leur tribu pour entrer dans une autre. Les A'rt- 
Izzi et les Ijanatene par exemple, appartenaient autrefois aux Ait- 



97. Capitaine Querleux, Les Zemmour, A.B., vol. I, fasc. 2, Paris, 1915, 
p. 48 et 49. 

98. G. Klein, Etude cite>, 1919. 



LES ZEMMOUR 147 

Jbel-Doum avant de devenir des fractions Haouderrane". Les Hej- 
jama, petite tribu des environs de Tiflete, sont en realite" une fraction 
Kotbiyine qui habitait autrefois les environs de Sidi-Mohammed- 
Cherif, et qui, a la suite d'un disaccord relatif a un mariage, s'est 
separee de la tribu 10 °. Les Ait-Mejdoub, venant des Haouderrane, 
s'incorporerent aux Ait-Ouribele, volontairement, apres la pacifi- 
cation 101 . 

Un document datant du 17° siecle donne, pour les Zemmour, 
l'organisation inte'rieure suivante, que nous reproduisons dans la 
transcription communiquee par Monsieur G. S. Colin 102 . 

Megdur — Zemmur. 

Les Zemmur se subdivisent en Alt Zeggat et en Ait Hkem. 

a) Ait Zeggat = Itgal, Ait Mimum, Ait Lahsen ben 'Isa, Ihuderran, 
Ait Zekri, Ait Uribel, Ihammuden, 

Les Itgal se subdivisent en Ait Siber, A'it Mahluf, Mestegra, Ait 
Wertindi, Alt Dawud, Yeqbiten. 

b) Ait Hkem = Ait Hammad, Ait Wabud, Ait Mimiim, A'it Isa, Imsi- 
siten, Ait Zago, er Rub'. 

La plupart des noms des tribus citees existent encore dans les 
Zemmour ; deja a cette 6poque, A'it-Zarho, Imchichitene, Ait-Baboute 
appartenaient aux Bni-Hakem, Parmi la branche Ait-Zouggouatt, 
nous retrouvons les Ait-Zekri, les Ait-Ouribele, les Haouderrane, les 
Ait-Sibeur, les Messarhra. Les Ait-Lahsen-Ben-Aissa 6voquent la 
legende des cinq freres Aissa qui circule encore en tribu. Ainsi, 
s'affirme une certaine permanence des embldmes onomastiques ; mais 
l'importance des masses a vari6; A'it-Zarho et Imchichitene ne sont 
plus que des fractions sans importance; les Ait-Sibeur apparaissent de 
nos jours quantity negligeable aupres des Ait-Ouribele. Sans recher- 
cher d'hypothetiques comparaisons avec les tribus Zemmour que nous 
connaissons aujourd'hui, constatons simplement I'existence de deux 
sous-groupes distincts, et l'importance des Bni-Hakem dans cet 
ensemble. Et k ce propos, il est remarquable de constater que les 
auteurs marocains citent toujours Zemmour et Bni-Hakem, mettant 
ainsi en relief le caractere particulier de ce dernier groupement 108 . 

99. Informateur : Caid Bou-Driss-Ben-Chaboune (Ait Zekri), 1949. 

100. Informateur : El-Rhazi-Ben-H,.. (Ait-Ali-ou-Lahsene). 

101. Notice sur l'annexe de Maaziz, Lt. Compain, juin 1912. (Arch. D, I.) 

102. G. S. Colin, Extrait inddit de L'Uqnum de Abd-er-Rahmane el Fassi, 
obligeamment communique par M. G. S. Colin. 

103. Voir 3° partie. 



148 MARCEL LESNE 

Les divisions ult6rieures apparaissent influences directement par 
le systeme des khoms applique par le Makhzen pour faeiliter la levee 
des impdts. Les traditions imprecises offrent des classifications contra- 
dictoires. Sous Moulay-Slimane et au delmt du regne de Moulay- 
Abderrahmane, les Zemmour s'articulaient ainsi 104 : 

1) Ait-Zekri (Ait-Belkassem, Ait-Abbou, Ait-Ouribele, Ait-Ouahi, 

Kabliyine) 
Bni-Ameur : Ait-Feska (Ait-Ali-ou-Lahsene, Khzazna, Ait-Bou- 
Yahya) 
Ait-Affane (Kotbiyine, Mzourfa, ITejjama). 

2) Messarhra 

3) Ait-Jbel-Doum (Ait-Mimoun, Ait-Sibeur, Ait-Haminou-Boule- 

mane, Ai't-Helli) 

4) Haouderrane (Ait-Achrine, A'it-Rebiane, Dehbibene, Ait-Ikko) 

5) Bni-Hakem 

Un autre groupement, obtenu sans doute par synthese de divers 
renseignements, articule ainsi les tribus Zemmour, vers la fin du 
19 e siecle 104 : 

1) Ait-Zekri 

2) Haouderrane ainsi que Messarhra, Ait Sibeur, Ait-Mimoun. 

3) Bni-Hakem 

4) Bni-Ameur 

5) Ait-Bou-Yahya et Ai't-Yadine. 

Les trois premiers groupes comprennent les tribus les plus an- 
ciennes, les autres les tribus nouvellement incorporees. 

Certaines appellations, autrefois tres vivaces, ne sont plus prati- 
ques que par quelques anciens et il apparait difficile de dessiner les 
contours des ensembles qu'elles recouvrent; les documents 6tablis 
il y a une quarantaine d'ann^es reYelent egalement des contradictions. 
Les Ai't-Achrine, Ait-Rebaine, Dehbibene et Ait-Ikko constituaient 
autrefois les Haouderrane tout entiers; le « Souk-Sebt des Ait-Ikko » 
reste de nos jours la trace d'un important sous-groupement dont le 
nom subsiste pour une petite fraction passee en tribu Ait-Ouribele. La 
tribu Haouderrane se presentait ainsi autrefois, d'apres un document 
dresse" en 1921 105 : 

Dehbibene, : Ait-Hennou-Addi, Ait-Ayache, Ait-Hammou-Idir, Ait- 
Affi, Alt Sidi-Lahsene. 



104. Vil. Trib., Rabat et sa region, t. Ill, p. 212. 

105. Proees-verbal de la reunion du Conseil de Tutelle des Collectivites du 
Tafoudeit (16 dec. 1921), Archives du Service des Collectivites, Rabat. 



LES ZEMMOUE 149 

AU-Achrine : A'it-Haarif, Ait-Chao, A'it-Izzi, Ijanatene. 

AU-Rebmne : Ait-Bou-Chlifene, Ait- Alia. 

AU-Ikko : Ait-Oumnassef, A'it-Ikhlef, A'it-Zbair, A'it-Laasri. 

Un tel tableau ne pourrait plus etre dresse de nos jours inline en 
faisant appel aux souvenirs des anciens; on raconte seulement qu'au 
cours d'une bataille contre les Bni-Ahsene, dans le Tafoudeit, oil fut 
d£fait le Ca'id Hasnaoui, un groupe eut 20 tues et Fautre 40 ; en sou- 
venir de ce deuil, ils s'appelerent respectivement A'it-Achrine et A'it- 
Rebaine. 

Le nom d'Ait-Jbel-Doum (les flls de la montagne du palmier nain) 
semble d'introduetion assez r^cente, post6rieure a l'occupation de la 
haute vallee du Beht, ou les fractions se souviennent toutes d'avoir 
vecu, mais seulement sous leur propre nom de fraction. 

D'autres denominations datant sflreinent de l'installation des 
Zemmour dans leur habitat actuel semblent tomber dans l'oubli : 

Moualine Gour (Maitres du Oour, petite hauteur en pays Beni- 
Hakem) qui comprenaient : A'it-Baboute, Ait-Zarho, Bni-Zoulite, Im- 
chichitene 10B . 

Ahl-el-Oued (gens de Foued) groupant Messarhra, Ait-Sibeur, A'it- 
Mimou 10T , installes le long du Beht et eonstituant un groupement de 
guerre contre les Bni-Ahsene. 

Le tableau de commandement des Zemmour, depuis la pacifica- 
tion, s'il conserve le cadre des grandes tribus telles qu'elles se pr6sen- 
taient a la fin de la siba, a tenu compte d'autres considerations que 
celles des liens ethniques et ne saurait etre invoqu6 en temoignage. 
Mais la plasticity des ensembles apparait telle que semblables d^cou- 
pages ont dfi se produire autrefois, notamment lors du partage des 
tribus en khorns, sans affecter la vie profonde de chaque groupement. 
La succession des alliances, le pouvoir des chefs, le hasard des 
batailles a constamment remis en cause Farticulation interieure des 
tribus au sein des groupements temporaires. des fractions au sein des 
tribus. Ni les rares documents, ni la memoire des hommes ne peuvent 
retracer les multiples enchevetrements des groupements au cours d'une 
histoire mouvement£e. 



106. Vil. Trib., t. Ill, Rabat et sa Region. 

107. Lieutenant Mortier, Rapport stir la question Beni Hassan, Zemmour, 
Mamora, 1913, Archives Contrdle Civil Tiflete. 



150 MARCEL LKSNB 



3) Egoisme et luttes entre les fractions traduisent un individualisme 
fondamental. 

Chaque groupement lutte pour con server son existence : lutte 
contre la nature, lutte contre les hommes. Par-dessus tout il veut 
maintenir son independance, gage de la survie de la collectivity, affir- 
mer son particularisme, voire imposer sa force quand il le peut. 
L'egoisme et Papret6 suce&dent a l'entente commune des que le danger 
est pass6, ou le tratin conquis. 

Les causes de d^sordre sont multiples. Le manquement aux obli- 
gations du mezrag entraSne aussitot des repre«ailles sanglantes. 

« Un jour une caravane de mulets transportant des grains achet6s 
par un Slaoui dans les tribus centrales des Zemmour 6tait sous le 
« mezrag » d'un indigene des Ait-Bou-Yahya. Leur convoi avant 
d'atteindre les Sehoul fut assailli par quelques gens des Aiit-Ali-ou- 
Lahsene. Le pacte d'alliance qui existait entre les Ait-Bou-Yahya et 
les Alt-Ali-ou-Lahsene fut rompu de ce fait. Les cavaliers des deux 
tribus sauterent en selle pour se rencontrer dans un combat. II y eut 
vingt tu6s chez les Ait-Ali-ou-Lahsene et vingt-cinq du c6t6 Ait-Bou- 
Yahya » 108 . 

Des qu'un meurtre a 6te" commis, tous les gens du clan du nieur- 
trier se tiennent sur leurs gardes car les repr^sailles peuvent les 
atteindre; tr&s souvent, lorsque le meurtre a touche - un membre d'une 
fraction voisine, tout le groupement du criminel doit d6camper pr^ci- 
pitamment ; Faffaire peut s'arranger par le paiement du prix du sang 
(diya) mais elle risque parfois de prendre de grandes proportions : 
quelques annexes avant l'arrivee des troupes franchises, les Khzazna, 
Ait-Bou-Yahya, Aiit-Ali-ou-Lahsene, Ait-Belkassem, A'it-Ouahi, Ait- 
Abbou, Bni-Hakem et Haouderrane d'une part, Kabliyine, Mzourfa, 
Hejjama, A'it-Ouribele, Kotbiyine, Ait-Yadine et Messarhra d'autre 
part sont ainsi entr6s en lutte au sujet d'un meurtre commis entre 
Kotbiyine et Aiit-Ali-ou-Lahsene, par suite des 6branlements successifs 
causes par la rupture des pactes d'alliance. Les rapts de femmes, les 
refus de restituer le montant d'un vol d£couvert, les contestations de 
terrains offrent sans cesse des occasions de discordes. « Les querelles 
de parti, £crit le capitaine Querleux 108 , sont le fond meme de Tame 



108. G. Klein, Etude incite, 1919. 

109. Capitaine Querleux, Les Zemmour, Arch. Berb., vol. I, fasc. 2, 1915, 
pp. 46-47. 



LES ZBMMOUB 151 

berbere et les Zemmour au caractere hargneux et vindicatif ne pou- 
vaient manquer a cette tradition. Aussi tout 6tait matiere k discus- 
sion, et les incidents les plus f utiles, toujours considerablement grossis, 
engendraient des disputes interminables, chacun prenant fait et cause 
pour ses freres, sans m£me rechercher la cause du con flit et le cdte* 
du droit. II se formait ainsi dans la fraction deux partis hostiles, 
groupes autour de deux individualites qui prenaient la querelle a leur 
compte et entraient en lutte. Fr^quemment des fractions voisines inter- 
venaient k leur tour dans l'incident, se rangeaient dans l'un ou l'autre 
des groupements adverses, et la guerre ensanglantait toute la tribu ». 

L'histoire r^eente des A'it-Sidi-Lahsene off re un bel exemple de 
ce genre de discorde. Cette petite tribu, dont les membres se disent 
chorfa idrissides, occupait, apres avoir sejourn6 au Tafoudeit, un 
terrain octroy^ par le Makhzen et situe dans la region de Zimeri, entre 
les Ait-Belkassem et les Haouderrane. Ay ant un jour tue des ressor- 
tissants de la tribu arabe Hosseine, ils quitterent Zimri pour revenir 
au Tafoudeit avec 1'accord des autres tribus, en reconnaissance de 
l'aide apportee autrefois lors de la conquete du pays sur les Bni- 
Ahsene et sans doute a. cause de leur reputation de chorfa. Vers Fan 
1299 de l'Hejire, a la suite d'une famine, ils entrerent en lutte avec 
leurs voisins : un Haouderrane fut un jour pille par un Alt-Hammou- 
ou-Boulemane et demande le mezrag des Ait-Sidi-Lahsene ; ceux-ci 
intervinrent aupres des A'it-Hammou-ou-Boulemane pour obtenir la 
restitution des objets voles; ces derniers, avec l'appui des Ait-Ikko, 
refuserent, et une lutte sanglante s'ensuivit. Vaincus, les A'it-Sidi- 
Lahsene se refugierent alors au bled Sidi-Larbi, en pays Haouderrane, 
chez le Cheikh Omar, a l'emplacemeiit qu'ils occupent encore aujour- 
d'hui. Apres une absence d'une douzaine d'annees, ils revinrent au 
Tafoudeit qui 6tait reste inoccup£ par craintes des represailles. Ils y 
sejournerent jusqu'a une autre ann6e marquee par une grande famine 
(dam smida, 1'annee de la semoule, vers 1905-1906); aux environs de 
cette epoque, ils tuerent un ressortissant des Ait-Ikko. L'arbitrage du 
Sid de Boujad, demande par les parents de la victime, ne fut pas 
ecoute. II en resulta une lutte violente, k la suite de laquelle les Ait- 
Sidi-Lahsene abandonnerent une troisieme fois le Tafoudeit. 

Cette petite tribu, installee sur un terrain de parcours particu- 
li^rement estime, en bordure de la tribu Haouderrane, ne pouvait en 
effet que register difficilement a ses voisins no . Elle oscilla done entre 



110. Proces-verbal de la reunion du Conseil de Tutelle des Collectivit^s au 
Tafoudeit, 1921, Arch, du Service des Collectivites, Rabat. 



152 MARCEL LESNE 

deux habitats legitimes, sans pouvoir les conserver entitlement de 
facon sirnultanee 111 . 

Les difficulty economiques, les famines si terribles qu'on les tait 
par superstition, exacerbent les rivalites des clans. Une famine atroce 
sevit en 1895 chez les Bni-Hakein n2 ; son souvenir reste grave" dans la 
memoire de ceux qui, enfants a l'epoque, ont pu en rechapper. Une 
bataille venait d'avoir lieu entre Ait-Alla, Ait-Jlhammed, Ait-Bou- 
Guimel, Ait-Zarho et Bni-Zoulite d'une part, Alt-Bou-Meksa, Alt-Bou- 
Hekki et Imchichitene d : autre part; les Zaer, Zaian et Haouderrane 
avaient fait des incursions dans le pays; les semailles de 1892-1893, 
g£nees par les escarroouches, donnerent une recolte assess honorable, 
mais pillee par les Haouderrane venus k la suite d'une harka du 
Sultan qui parcourait le pays pour reeolter l'impot. Labours peu 
importants en 1893-1894, degats commis par les animaux des fractions 
voisines, secheresse, firent qu'en 1894 aucune reserve de grains n'exis- 
tait pour les futures semailles. L'hiver 1894-1895 fut si pluvieux que 
les rares parcelles ensemeneees furent envahies par les mauvaises 
herbes qui d^passerent la taille d'un homme et 6toufferent les cer&iles. 
La famine toucha d'abord les pauvres qui vendirent leur betail, par- 
tirent en exil comme bergers et laboureurs dans les autres fractions ; 
enfants et vieillards moururent tres nombreux sur place. Puis Fen- 
semble de la population fut en proie a la famine. Les tribus voisines, 
loin de les aider, et connaissant aussi des difficulty, interdisent alors 
l'intrusion de tentes etrangeres. Les Ait-Alla et les Ait-Mhammed, 
tribus niontagnardes, supportent mieux la famine et s'approprient le 
b6tail de leurs voisins reduits a une horde de gens affames. Les Ait- 
Bou-Guimel s'isolent et eehappent a la mort grace k quelques silos bien 
caches et bien ge>6s. Ait-Zarho, Ait-Bou-Meksa, Ait-Baboute, Bni- 
Zoulite et le douar Ait-Bouzid des Ait-Mhammed sont partieuliereinent 
eprouves. Le douar A'it-Ali-ou-Amar, des Ait-Zarho, passe de 60 a 
3 tentes (aujourd'hui 9) ; le douar Ait-Ikko-ou-IIajjou des Ait-Baboute 
ne compte plus que 9 tentes sur les 120 d'autrefois (aujourd'hui 20) : 
installed a up res d'Ain-Bou-Fekrane ou eertaines herbes, cardes et 
mauves, pouvaient encore etre mangees, les affames devorerent jus- 
qu'aux tortues et les malheureux furent retrouves momifies, a la fin du 
printemps 1895, par des refugies venant des Zaer. 

Dans de si horribles circonstances, lorsque la solidarite d'homme 

111. Revenue au Tafoude'it, la tribu gardait toujours des ressortissants sur 
ses terrains pres de Sidi-Larbi, qu'elle avait achetes. 

112. La grande famine de 1895 chez les Bni-Hakem, M. Prefol, 1950. (Arch. 
D. I.) 



LES ZEMMOUR 153 

a homme ne peut meme plus jouer, lorsque des parents en exode et 
a bout de forces sont obliges d'abandonner leurs enfants en route, 
dans des enclos d'epineux « a la garde de Dieu » mais en realite a la 
dent des chiens, les fractions, d6ja rivales en temps ordinaire, se 
livrent a de nombreux actes d'hostilites : crimes, vols et spoliations. 
Apres eette annee ou « les chiens mangerent les hommes » sans que 
ceux-ci aient meme la force de se defendre, les douars ne revinrent 
a\ la vie qu'apres le retour de quelques adolescents refugies chez les 
Zaer ou les Za'ian, engages comme bergers ou comme laboureurs. Cette 
famine nous montre un cas extreme, celui de la dissolution entiere des 
liens entre fractions d'une meme tribu ; mais elle resulte de leur 
manque de solidarite, de leurs luttes intestines, de leur ego'isme, de 
Fabsence de toute notion d'int6r6t general. Les conditions de vie de 
ces tribus scmi-nomades, faute de pouvoir centralisateur fort, ne 
peuvent 6videmment qu'aboutir k la creation de groupes tres res- 
treints, tres mobiles, oil la solidarite interne joue de facon automa- 
tique, essayant de sauver leur existence, au prix d'apres luttes avec 
leurs voisins. La coutume el le meme enregistre les differents 6tats de 
relations entre les groupements; elle distingue, dans le noinbre de 
cojureurs exiges pour prefer serment, le hied khaoua (region de confra- 
ternity), le bled tata (region faisant Fobjet d'un pacte bilateral), le 
bled mczrag (region devenue neutre par la nomination d'un moul 
el mesrag, garant de la s6eurite) 113 : le pays Zemmour n'est done pas 
la grande patrie de tous les Zemmouris, mais un agregat de cantons 
occup£s par des groupements divers et individualises. 



Conclusion 

Cette approche du pays Zemmour nous laisse le sentiment d'une 
inflnie diversity et d'une structure moleculaire souvent instable. Al- 
liances guerrieres, ententes pour la protection des personnes et le 
libre passage, pactes d'amitie et de non-agression k caractere magico- 
religieux, assurent k Finterieur de la confederation et des tribus une 
certaine cohesion compatible avec la liberty totale des groupes qui y 
participent. De grandes masses d'allure administrative s'ordonnent en 
fonction des donnees de Fhistoire et des apports nouveaux; mais, k 
l'interieur d'elles, s'affirment des rivalites et se constituent des grou- 
pements; leurs contours restent fluctuants; elles s'accroissent ou 

113. G. Klein, Etude incite, 1919. 



154 MARCEL LESNE 

s'amenuisent selou les epoques par l'apport ou le depart de fractions 
nouvelles. 

Des lors reparait la m£me interrogation : quel est, non pas le 
ciment, mais le lien qui unit malgr6 tout cet ensemble ? Les Zemmour 
n'ont ni ancetres communs, ni fiction gen^alogique d'ensemble; ils 
constituent un melange de populations diverses, issues des groupe- 
ments berberes traditionnellement distingues. L'organisation int£- 
rieure des tribus, dans la peViode historique la plus proche de nous, 
met en Evidence un particnlarisme exaeerb6 par l'abscnce d'un pou- 
voir exte>ieur de coercition. Comme dans toutes les soci6t6s de ce 
genre, sentiment d'exception personnelle et conscience d'appartenir a 
un groupement plus vaste coexistent sans d6ehirement apparent des 
consciences. Que le lien biologique soit une fiction dont on se contente 
en tribu avec un manque Evident de rigueur logique, que des fractions 
ou des tribus soient venues s'incorporer aux rameaux primitifs, que 
certains groupements aient prolife>6, que d'autres se soient amenui- 
s6s ou aient disparu, qu'il n'existe peut-etre dans leur retour de cer- 
taines appellations qu'un jeu purement verbal; tout cela nous sem- 
ble vrai en mtoe temps. Malgr6 les forces particularistes toujours 
latentes, qui se sont donn6 libre cours k la fin du xix e et au d6but du 
xx e siecle, la Confederation des Zemmour a plusieurs siecles d'existen- 
ce; malgre" ses divisions elle a assure la survivance des tribus qui la 
composent; sa cohesion, si faible qu'elle apparaisse, lui a permis ce- 
pendant de conserver sans effritement une position dangereuse en 
tete de la poussee berb^rc-phone vers les plaines atlantiques; elle 
demeure nettement distincte par la coutume et les mceurs de ses voi- 
sins Zaer, Za'ian, Guerrouane et evidemment Bni-Ahsene. En fait, ce 
sont l'aventure commune surtout, et un m£me genre de vie, qui ont 
consolide le groupement berbere des Zemmour, en depit d'une plas- 
ticity interieure qui donne bien du mal aux amateurs de gen6alogie. 

(A suivre.) 

Marcel LESNE 

Conservatoire national des Arts et Metiers, 

Paris